— Mais non… Tenez, j’aime mieux vous dire, vous imagineriez des choses stupides… Nous étions dehors, sous la véranda… Jacques devait faire mon portrait, il avait pris un croquis, nous étions un peu énervés… Victor est sorti. — Oh ! je reconnais que nous avons été idiots, nous savions qu’il serait à peine dix minutes absent ! — Donc, une idée a pris à Jacques, il s’est approché de moi, il m’a embrassée, et juste à ce moment, Victor est rentré… Il a poussé un cri… un cri que j’entends encore, qui me fait mal quand j’y pense… et, il s’est sauvé en disant qu’il ne voulait plus me revoir… J’ai plaqué Jacques, et je suis venue à Paris.
Très déçu, refroidi, Argatte fit un geste.
— Un baiser ?… Mais alors, il n’y a pas de quoi fouetter un chat !… Il vous a embrassé cent fois, Laumière, et devant votre mari…
— Oui, justement… devant Victor, ça n’avait aucune importance, mais seuls !… Et puis, il y a la manière… Non, croyez-moi, il n’y a pas à discuter, Victor ne pouvait douter… et ce serait grotesque de nier…
— Et, vous savez qu’il accepte le divorce ?
— Je ne sais rien du tout… Dans le fond, je crois qu’il ne sait pas ce qu’il veut… Il a filé comme une bête blessée à mort… C’était affreux de le voir.
Argatte remarqua, ironique.
— Pourtant, vous n’avez pas l’air plus remuée que cela !
— D’abord, ce que j’ai l’air de ressentir, et ce que je ressens, ça fait deux… Ensuite, cela dépend des moments… A une minute, j’ai du vrai chagrin, et puis à d’autres, ça s’envole… Hier, quand j’ai vu sa figure décomposée, son épouvante devant nous… j’ai souffert… Mon Dieu, j’ai presque autant souffert que lui, à ma manière…
— Et aujourd’hui, vous blaguez.