Il rit.
— Le fait est que Mme Darquet va entrer en un de ces courroux !
— J’aime « courroux » !
Argatte fit un geste.
— Cela lui va… Cela a de l’ampleur… On n’imagine pas Mme Cyprien Darquet en colère, prononçant des paroles vulgaires comme le commun des mortels… Dans les instants de passion, elle s’exprimerait en alexandrins que ça n’étonnerait pas, au premier abord.
— Ah ! mon pauvre coco ! elle n’a pas tant de littérature que cela, allez !… Si vous l’aviez entendu, le jour où nous avons filé de la Brolière !… Elle m’a attrapée salement… et ça n’avait rien de grandiose, je vous jure !…
Il s’assit sur le bras d’un fauteuil, questionnant curieusement, car il adorait les potins mondains.
— Contez-moi donc cela ?… Je n’ai su que très vaguement les histoires… la cause du duel Montaux-Deber.
Alors, en riant, avec des mots drôles, cinglants, parfois gentiment attendrie, elle détailla l’intrusion de Maurice Deber chez Marie-Annette, la fureur du colonial, l’attitude crâne et comique de l’ancien officier de dragons ; puis, la scène conjugale, ses impressions à elle lorsque, le lendemain, à l’aube, Renaudin était entré dans sa chambre, « sachant tout », et que, grâce à un tour de force inouï, une demi-heure plus tard, il avait tout oublié, il repoussait toutes les hypothèses.
Argatte hochait la tête avec un blâme.