— Dès demain, je la porte à Nice, et vous l’aurez dans le plus bref délai possible.

Cady éclata d’un petit rire aigu.

— C’est cela !… Denise, nous l’accompagnerons… Car je veux choisir la monture de ce diamant… Je la veux très jolie, et pas banale, surtout !… Vous ne pouvez vous douter à quel point je tiens à cette pierre… et de tout ce qu’elle représente pour moi…

Deux heures plus tard, Maurice Deber, ayant quitté la villa pour regagner l’hôtel ; Denise déjà endormie dans sa chambre ; Cady, enfermée chez elle, la fenêtre ouverte sur la nuit calme et pure, fouilla dans son petit sac. Elle en retira la lettre de Félix Argatte, et une autre que l’avocat lui envoyait avec différents papiers… Une lettre qui était restée un jour sur le bureau du jeune homme, tandis que l’on emportait Cady délirante…

Et, ce soir, relisant pour la centième fois les caractères tracés par la main chérie de Georges, elle s’arrêtait à ce passage, y posait ses lèvres frémissantes.

« Ma Cady, je suis parti droit devant moi et je ne sais pas ni ce que je ferai, ni ce que je deviendrai. J’ai pensé à mourir, mais je n’ai pas pu, parce que nous sommes trop jeunes pour qu’un jour ne revienne pas où nous nous retrouverons. Déjà, nous avons été séparés, et tu vois, il y a eu du soleil pour nous.

« Garde ton diamant comme je garde le mien, et ne me chasse jamais de ta pensée. »

Une horloge, très loin, sonna minuit. Cady tressaillit, replia la lettre, la cacha, et vint fermer la croisée.

Dans les ténèbres du ciel, il lui sembla que la grande ombre un peu voûtée de Maurice Deber se dessinait, la guettant…

Alors, dressée, méprisante, rancunière, elle jeta, d’un ton indicible :

— Imbécile !