Elle posa la main sur la poitrine découverte de son ami qu’elle trouva glacée.

— Jacques ? répéta-t-elle, penchée sur lui.

Et, chose singulière, brusquement, devant ce demi-cadavre, loin de ressentir une impression de terreur et de douleur, elle fut envahie par une véritable ivresse de joie cruelle.

Pendant une minute inoubliable, elle connut une jouissance souveraine, aiguë, croissant jusqu’à sa propre souffrance, à guetter la mort s’épandre en cette chair foudroyée…

Et, attirée, avidement, de ses petites mains rapides et douces, elle palpa l’homme tout entier… moins pour chercher en ce corps un reste de vie que pour y bien sentir la mort…

De nouveau, comme le jour où elle avait souhaité l’anéantissement pour elle-même, elle se plongeait dans la mystérieuse volupté, dans la joie éperdue de la destruction…


Mais Laumière eut enfin un long frisson. Ses paupières se fermèrent, ses lèvres se rapprochèrent, ses bras se tordirent, puis revinrent, assouplis, s’allonger contre ses flancs. Durant quelques secondes, il offrit l’aspect du sommeil paisible.

— Jacques !… appela-t-elle.

Il parut s’éveiller avec difficulté.