— Et vous vous offrez pour compléter la mienne ?
— Oh ! ce serait peut-être téméraire de ma part !… Déjà, il y a huit ans, vous aviez des yeux qui affirmaient que c’est vous plutôt qui eussiez été un bon professeur… Vous ne me croirez sans doute pas si je vous dis que j’ai toujours gardé de vous une image d’une netteté !… Et si troublante !…
— L’image vous suffisait, il paraît.
— Ah ! oui, pourquoi ne me suis-je pas rapproché de vous ?… Est-ce qu’on sait ?… D’abord, cette bête de vie politique, avec ses soucis, ses occupations incessantes… Puis, une certaine timidité… et aussi… Oui, cela a été pour beaucoup… un désir de garder ce rêve inachevé, et par conséquent susceptible de recevoir toutes les broderies qu’on y ajoute aux heures de liberté, de solitude… ou même d’amour avec des indifférentes…
— Alors, c’est la déveine qui nous met en présence aujourd’hui, vous allez perdre toutes vos illusions.
Les narines de l’homme battirent voluptueusement.
— Oh ! quand même, je ne regretterai rien… Avoir simplement respiré l’odeur de votre chair, c’est une ivresse supérieure aux imaginations les plus osées… Il émane de vous quelque chose d’inouï…
Elle l’interrompit.
— Dites-moi !… Puisque vous êtes le manitou des colonies, n’oubliez pas d’accorder un avancement aussi scandaleux qu’intempestif à un certain René Durand de l’Ile, que l’on vient de nommer à Madagascar comme il le demandait, mais dans un poste absolument dérisoire.
Le ministre avait repris son calme.