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et passai à San Sebastian, mon pays, à dix lieues de là, où je me tins, sans être connu de personne, nippé et galant à merveille. Un jour, j’allai ouïr la messe à mon couvent. Ma mère y assistait aussi. Je vis qu’elle me regardait. Elle ne me reconnut pas. La messe dite, des nonnes m’appelèrent au chœur, mais je fis le sourd et, après force courtoisies, m’esquivai lestement. C’était au commencement de l’année mil six cent trois.

De là, je me rendis au port du Pasage qui n’est qu’à une lieue. J’y fis rencontre du capitaine Miguel de Borroiz dont le navire était en partance pour Séville. Je le priai de m’emmener, et m’appointai avec lui au prix de quarante réaux. Je m’embarquai, nous partîmes et arrivâmes promptement à San Lucar. Aussitôt débarqué, j’allai visiter Séville et, encore que tout me conviât à m’y amuser, je ne m’y arrêtai que deux jours et revins sans plus

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tarder à San Lucar. J’y rencontrai le capitaine Miguel de Echazarreta, mon compatriote, lequel commandait une patache des galions dont était Général don Luis Fernandez de Cordova, dans l’Armada que, l’an mil six cent trois, don Luis Fajardo menait à la pointe de Araya. Je m’enrôlai comme mousse sur un galion du capitaine Estevan Eguiño, mon oncle, cousin germain de ma mère, lequel vit aujourd’hui à San Sebastian. Je m’embarquai, et nous partîmes de San Lucar le Lundi Saint de l’an mil six cent trois.

CHAPITRE II

Elle part de San Lucar pour la pointe de Araya, Carthagène, Nombre de Dios et Panama.