— Parfaitement. J’ai eu l’honneur de voir et d’entendre la baronne d’Oliva et son poupon. C’est une fort agréable reine, mais qu’il est difficile de compromettre.
— J’avais cette fille sous la main, je m’en suis servie, mais qu’est-ce que cela prouve ?
— Cela prouve que vous avez fait jouer au cardinal le rôle du chien qui lâche la proie pour l’ombre.
Elle eut encore le regard qu’elle avait eu un moment auparavant, et répéta :
— En êtes-vous bien sûr ?
— Oui, dis-je en me levant, car je me sentais irrité par ce cynisme ; ne vous moquez plus de moi, comtesse, si vous voulez que nous restions amis. Qui ne connaît le rôle de cette « poupée » ?
— J’ai aimé la reine, dit Jeanne de Valois, sans paraître m’entendre ; vous ne savez pas à quel point il est facile d’aimer les reines. Oui, même en complotant contre elles, même en les trahissant, quelquefois on les aime. Qui vous dit que je n’ai point fabriqué tout exprès ma « poupée », pour endosser les imprudences de l’original ?
— Calomnie ! invention ! m’écriai-je ; comtesse, mentirez-vous toujours ?
— Écoutez-moi tranquillement, voulez-vous ? Si j’ai commis le crime dont on m’accuse, — si moi, qui disposais de la bourse de Rohan et de celle de vingt autres, seule, sans complices, j’ai profané la majesté royale, souillé un nom auguste, trompé un diplomate, ouvert des jardins fermés à tous, dans le seul but de voler un collier, — pourquoi ne m’a-t-on pas tuée ? On pend les servantes qui volent un écu.
— Mais non pas les grandes dames qui volent un million, répondis-je.