— En août dernier, on m’annonce une visite. « Qui est-ce ? — Madame de Lamballe, me dit la supérieure, sœur Victoire. — Je ne veux pas la recevoir. » On rapporte cela à la princesse, qui insiste et qui veut me parler à tout prix. « Madame, lui dit-on, c’est impossible. — Et pourquoi ? — Parce que Mme de Valois n’y est pas condamnée… » Le mot venait de moi.

— Hum !

— Je rêvais, j’attendais ; je ne regrette pas ces mois de prison, comte. J’y ai gagné. Je vous fais grâce des encouragements secrets qui me parvenaient, des billets qui me conjuraient d’oublier, des prières que j’ai repoussées ; vous ne me croiriez pas, puisque je n’ai pas de preuves. Enfin, une pauvre fille, Marianne, qui me servait dans la prison, car on m’y traitait en grande dame, m’offre de fuir. Je refuse ; elle insiste ; un désir de liberté me monte à la tête ; j’accepte. Savez-vous ce que cette fille m’apporte le lendemain ?

— Non.

— Un costume de cavalier d’une valeur de cent livres. « Qui a payé cela, Marianne ? » Elle ne répond pas. Je m’habille, je sors, je m’égare ; je rencontre la supérieure, des surveillantes qui ne font pas semblant de me voir. Il y avait de l’argent dans mes poches. J’arrive à la porte, on l’ouvre, et qui est-ce que je trouve en arrivant au bord de la Seine ? Marianne, qui m’attendait pour m’accompagner.

— Croyez-vous donc n’avoir pas d’amis ?

— Pardonnez-moi. Ce que je vous dis est la preuve du contraire. Enfin je pars pour Londres. M’y voici, et j’y attends Mme de Polignac.

— Mme de Polignac ?

— Elle-même. Je dois la voir demain.

— Comment la surintendante de la maison de la reine pourrait-elle quitter Paris ?