L’obligation de renoncer aux liens charnels qui m’attachaient à ma femme me troubla quelque peu. Je pensai que ma chère Lorenza ne manquerait pas de désapprouver cet engagement-là ; mais, remarquant que ces mots « liens charnels » pouvaient être entendus de diverses façons, je répondis :

— Je le jure.

— Jures-tu de renier le lieu qui te vit naître, pour monter dans une autre sphère, où tu n’arriveras qu’après avoir abandonné ce globe empesté, vil rebut des cieux ?

Comme Palerme est, à tout prendre, une ville assez maussade, où j’avais beaucoup de créanciers, je ne vis aucun inconvénient à la renier et je dis :

— Je le jure.

— Jures-tu de révéler au chef, qui te sera connu dès aujourd’hui, ce que tu auras vu ou fait, lu ou entendu, appris ou deviné, et même de rechercher et d’épier ce qui ne s’offrirait pas à tes yeux ou à tes oreilles, pour le lui confier ?

Cela ne me déplut pas, car je suis curieux et bavard.

— Je le jure.

— Jures-tu d’honorer et de respecter le poignard, l’épée et les autres lames, l’aqua-tofana, la cantarelle et les autres poisons, comme des moyens sûrs, prompts et prudents, de délivrer le monde, par la mort ou par la folie, de ceux qui cherchent à avilir la vérité ou à l’arracher de nos mains ?

— Je le jure.