— Mille marcs environ.

— Si vous les aviez, pourriez-vous tenter l’œuvre dès aujourd’hui ?

— Peut-être.

Dès que j’eus prononcé ce peut-être, le grand-duc se dirigea vers la porte. Je lui demandai où il allait ; il ne répondit rien, sinon qu’il me priait de l’attendre ; il sortit en toute hâte.

Il me parut évident que mon disciple ne tarderait pas à revenir, chargé de richesses. Tout autre alchimiste, à ma place, se fut réjoui. Je me sentis plein d’ennui et d’hésitation.

En face de moi, le soleil se couchait dans un immense lit d’or, comme si l’horizon eût été touché par la Pierre Divine. Très haut, bien au-dessus d’une bande d’azur orangé, brillait une pure étoile d’argent ; c’était Hesperus qui surgissait ; on aurait dit une blanche étincelle au front d’un génie invisible. Puis le couchant empourpré s’obscurcit lentement ; il me sembla que mon esprit aussi devenait sombre. J’entendis des pas sur le chemin, devant le château ; je me penchai je vis un homme très vieux qui geignait, l’échine courbée sous un fagot de branches mortes ; en passant, il montra le poing à la résidence princière. Aussitôt, je jetai loin de moi la serpe, la baguette et l’épée, et, considérant ce vieillard, j’avais comme une envie de descendre sur la route pour l’aider à porter sa charge de bois.

Un lourd bruit d’or me rappela de ces rêveries. Le grand-duc était revenu ; quatre laquais déposaient des sacs sur une table voisine. Je me levai, frémissant, et les serviteurs étaient à peine sortis que je m’écriai d’une voix formidable :

— Prends cet or, tout cet or à poignées, Altesse, et jette-le par les croisées du château !

— Hein ? dit le grand-duc.

— M’as-tu entendu ?