L’intérieur de la mosquée est des plus simples: il ne possède ni arcades ni colonnes. Le plan est carré. La coupole, de proportions assez imposantes, repose sur quatre arcs formés par les murs latéraux. Il est facile de voir que cette œuvre est une des premières du maître Sinan. Sur chaque côté s’ouvrent des fenêtres avec tympan en ogive, décoré de jolies faïences. La tribune impériale et la tribune des Muezzins, supportées par des colonnes, sont quadrangulaires.
Le Mihrab, le Mimber, ainsi que les portes, sont travaillés avec une magnificence incomparable. Les deux grands candélabres en bronze du Mihrab, entre autres, sont de pures merveilles. Outre la porte principale, deux autres portes latérales conduisent à l’intérieur. Ces portes sont précédées d’un long vestibule, recouvert d’un dôme et entouré de plusieurs pièces réservées aux personnages de la mosquée et de la cour. Cette curieuse disposition est unique et peut, pour l’originalité, être comparée aux deux ailes de la mosquée de Bayazid. Les dômes des deux vestibules, avec leurs petits tambours à fenêtres et leurs décorations en losange, rappellent la coupole de Yéchil Djami à Brousse.
Hors de la mosquée, du côté du Mihrab, on remarque plusieurs turbés (tombes) dont l’une renferme le corps du sultan Sélim, le conquérant de l’Égypte. Tous ces turbés sont d’une forme octogonale et garnis d’un dôme dont la couverture est faite de plaques de plomb en forme d’écailles aux coins arrondis, comme celle du turbé de Chahzadé. Une colonnade surmontée d’un toit précède la porte de chaque turbé. Celle qui mène au turbé de Sélim est recouverte d’un vitrage qui en fait comme un vestibule, pouvant en même temps servir de chambre pour la garde du tombeau. Les deux côtés de la porte sont ornés de deux panneaux de faïence d’une décoration pleine de goût: le travail des portes est également merveilleux.
Le cercueil est protégé par une balustrade en noyer incrusté de nacre. Le turbé renferme aussi de très beaux exemplaires du Coran, ouverts sur de somptueux pupitres et des coffres où l’on conserve les reliques.
Un autre turbé, voisin de celui de Sélim Ier, renferme un tombeau portant une inscription sculptée sur la pierre, et orné de panneaux en faïence qui constituent de réels chefs-d’œuvre.
MOSQUÉE DE CHAHZADÉ
Cette mosquée fut bâtie par le fameux architecte Sinan, sur l’ordre du sultan Suleïman, en mémoire de ses deux fils, les princes Mehmed et Moustafa Djihanguir, morts à la suite des intrigues de leur belle-mère Roxelane[79], Haceki Khourrêm Sultane. Le sultan Suleïman, ayant plus tard reconnu son injustice, voulut la réparer en quelque sorte en faisant construire cette mosquée qui fut nommée Chahzadé sultan Mehmed Djamissi. La date de l’achèvement de la mosquée est indiquée par un vers placé sur le frontispice du turbé.
[79] Roxelane, née en Galicie, fut d’abord une esclave. Devenue ensuite l’épouse préférée de Suleïman, elle acquit sur lui une très grande influence.
Désireuse d’assurer l’avenir de son fils, Sélim II, elle gagna à sa cause Rustem pacha, le mari de sa fille, princesse Mihrimah sultane, qui accusa le prince Moustafa, né, ainsi que son frère Djihan, de la sultane Masseki, d’avoir des intentions de révolte contre son père. Suleïman, convaincu de la trahison de son fils Moustafa, partit avec l’armée à Erégli, où il invita Moustafa à venir dans sa tente, où il le fit étrangler. Le prince Djihanguir lié par une profonde amitié à son frère Moustafa en conçut une douleur telle qu’il mourut peu après. Son père pour apaiser ses remords construisit, sur les hauteurs de Foundoukli, une mosquée qu’il appela mosquée de Djihanguir. Ce prince, surnommé Chahzadé, fut enterré avec les restes de son frère dans un turbé situé près de cette mosquée.
Cette mosquée, d’un style très gracieux, marque le commencement de l’âge d’or de l’architecture ottomane. C’est un édifice carré surmonté d’une grande coupole. On y entre par trois portes. Quatre demi-coupoles s’appuient sur les bas côtés. Ces demi-coupoles sont supportées à l’intérieur par quatre grands arcs posant sur des piliers octogonaux dont la partie cylindrique supérieure est cannelée. Les petites colonnettes qui sont adossées aux coins du portail ne sont pas aussi richement décorées que celles de la mosquée de Sélim. L’aspect de l’intérieur est splendide. Les vitraux sont d’une décoration très artistique; malheureusement l’ensemble est gâté par d’horribles peintures à la chaux qui ne permettent guère de reconnaître le caractère de l’art ottoman.