Ainsi que l’indique un verset du Coran qu’on rencontre à peu près sur toutes les fontaines, les musulmans considèrent l’eau comme la source de la vie. Ils sont en cela d’accord avec le chimiste qui attribuait l’origine des molécules à l’hydrogène.
Tout personnage musulman, désireux de faire une œuvre, construisait pour le repos de son âme et celle de ses parents morts une fontaine où coulait une eau pure ou potable. A chaque pas, dans la ville, on rencontre des tchechmés (fontaines) ou des sébils. Les tchechmés sont de simples fontaines destinées à fournir l’eau potable que les porteurs d’eau, appelés Sakha, portent dans les maisons des quartiers avoisinants. Le tchechmé consiste généralement en une construction de marbre appliquée au mur et terminée à son extrémité inférieure par un petit bassin.
Souvent ces tchechmés possèdent à leur partie supérieure un grand satchak (toit avancé) pour abriter du soleil et de la pluie les gens qui prennent de l’eau.
Les eaux amenées par des aqueducs alimentent de grands réservoirs en pierre qui se trouvent derrière chaque fontaine. Sur chacun de ces tchechmés se trouve enclavée dans le mur une plaque de marbre sculptée et dorée, qui porte le nom des fondateurs de la fontaine et la date de sa fondation (chronogramme).
Sur tous les monuments élevés par les musulmans la date est indiquée, en général, par la somme des valeurs correspondant aux lettres du dernier vers. Chaque lettre, selon la classification des Arabes, correspond à un numéro d’ordre. Le total des chiffres qui composent ainsi le dernier vers de l’inscription indique la date. Les poètes s’efforçaient de réunir dans le dernier hémistiche leur nom, celui du fondateur et la date de la fondation.
Les vers sculptés sur la pierre en caractères dorés contribuent beaucoup à l’ornementation, grâce à la forme décorative des lettres orientales.
Quant aux sébils, ils sont d’ordinaire situés dans les endroits publics près des mosquées, et un homme est chargé de remplir les gobelets en bronze vidés par les buveurs et qui restent attachés par des chaînes aux grillages des sébils. Ces grillages, qui sont souvent en bronze ajouré et ciselé de magnifiques ornementations, produisent généralement un grand effet décoratif.
Les gobelets mis à la disposition des passants portent souvent, à l’intérieur, des versets du Coran qui rendent sacrée l’eau qu’on boit.
Les sébils se composent de plusieurs pièces surveillées par le gardien.
La fontaine du sultan Ahmed III, près du vieux sérail, possède ces deux genres de tchechmés et de sébils. Elle est située à côté de Sainte-Sophie, près de la porte du vieux sérail dite Bab-i-Humayoun, probablement sur l’emplacement de l’ancienne fontaine byzantine qui s’appelait Géranion. On dit que le croquis de cette fontaine a été établi par le sultan Ahmed III lui-même.