L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes, la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès.
[85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se trouvait à l’est de l’hippodrome.
Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle Bab-i-Humayoun ou porte impériale; on trouve ensuite la porte de Soouk-Tchechmé, une autre près de l’École de médecine et une autre près de Yali-Kiosque.
La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène (actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche le mur du harem et l’ancienne salle du Divan où se tenait autrefois le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle du Divan. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième cour réservée au Sultan et aux gens du palais.
Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon qui contient le Divan ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable.
Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par un grillage donne accès au trésor impérial.
C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures, etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse, enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet.
Bibliothèque du Sultan au vieux Sérail.
A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national. Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions, en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues aux murs.