VII.—L’HABITATION
Dans l’architecture ottomane, on distingue deux genres différents, le genre religieux et le genre civil. Si les édifices appartenant au premier nous permettent d’en suivre la chronologie et les étapes, il n’en est malheureusement pas ainsi des constructions civiles, qui ont subi les atteintes du temps. Cependant, quelques vieilles maisons de Brousse et des villes d’Asie Mineure, dans lesquelles subsistent encore les vestiges des antiques constructions, peuvent donner une idée, bien faible d’ailleurs, des premières habitations ottomanes. Sous l’influence de l’architecture locale, ces constructions différaient entre elles, suivant les pays où elles étaient élevées. Les premières habitations ottomanes à Constantinople furent certainement celles qu’avaient abandonnées les Byzantins. Mais, comme les coutumes et les mœurs musulmanes exigeaient un changement radical, des maisons neuves s’élevèrent bientôt partout, dans la nouvelle capitale de l’Empire ottoman.
Après les légères modifications apportées dès le début aux anciens logis, les grands personnages construisirent des konaks plus appropriés à leurs coutumes. Les gens du peuple bâtirent de petites maisonnettes appelées éves[87]. Les habitations musulmanes et les konaks sont composés de deux bâtiments séparés, appelés selamlik et harem; quelquefois, ces deux parties, bien que toujours séparées, sont réunies sous le même toit.
[87] Ce mot doit dériver de iv ou yiv, lequel a une analogie avec le mot youva qui signifie nid.
Le selamlik est réservé aux hommes, et le harem aux femmes. Dans les konaks à deux bâtisses séparées, la communication du selamlik et du harem est établie par un corridor suspendu entre le premier et le deuxième étage de ces deux bâtiments. Les mœurs musulmanes défendent aux hommes de vivre avec d’autres femmes que leurs parentes et leurs épouses. Le maître de la maison reste souvent au selamlik où il reçoit les visites des hommes.
Dans ces konaks, l’étage supérieur est le plus important, tandis que le rez-de-chaussée ne contient que les chambres des domestiques et des gens de service.
Les femmes, et en général les Turcs, qui aiment à rester à la maison, préfèrent les maisons de bois percées de beaucoup de fenêtres. Ces maisons n’ont que très rarement trois étages.
L’aspect extérieur est tout oriental. Au-dessus du rez-de-chaussée, des balcons à larges saillies sont supportés par de grandes consoles en bois et rappellent les balcons à encorbellement des Byzantins.
Chaque étage fait saillie sur l’étage inférieur. Le toit, très saillant, donne un caractère tout spécial à ce genre de construction et paraît avoir son origine dans le toit chinois, recourbé aux extrémités. Ce dernier serait un souvenir de la tente nomade. La maison est souvent couleur de terre-cuite.
Les cheminées, qui ont une forme particulière, portent des nids construits par les cigognes. On entre dans le konak par deux portes, dont l’une est réservée au harem et l’autre au selamlik.