—Allo! Allo!
—Allo!
—C'est toi?
—Oui! Bonjour! bonjour!
Je me rappelle délicieusement le jour des aveux.
Je venais de causer avec mon notaire et, l'entretien achevé, elle avait oublié de rompre la communication. L'entendant rire et causer avec ses petites amies, je la rappelai, j'insistai sur mes madrigaux de la veille. Je traversais une de ce heures moroses qui favorisent l'attendrissement; au lieu de lui répéter les bêtises de chaque jour, je devins grave, sérieusement grave, avec une conviction que je ne sus m'expliquer par la suite, et je laissai tomber dans l'instrument de Graham-Bell une envie de pleurer contenue depuis la veille.
Ce fut exquis. J'eus l'aplomb de me plaindre, de lui parler de mon isolement, du néant stupide de ma vie de garçon. Elle se révéla bonne comme du bon pain, me donna des conseils de soeur aînée, poussa la complaisance jusqu'à me gronder. Puis, j'entendis sangloter ses confidences. Elle vivait seule, elle aussi, et triste. Plus de papa, plus de maman, pas d'amoureux, aucune amie, hormis les petites camarades du bureau central. Ah! la vie n'est pas gaie!… Je lui proposai carrément de combiner nos deux solitudes en un tête-à-tête. Quel impair!
—Pour qui me prenez-vous, monsieur?
—Pour moi!
Elle interrompit le courant, net, et quand, résolu à lui faire accepter mes excuses, je lui criai: «Allo! Allo!»—elle s'était fait remplacer par un vieux monsieur qui me répondit:—«Allo! Allo!»—d'une voix brisée par quarante années d'absinthe suisse.