Les espérances conçues pendant le repas s'étaient enfuies dans le néant, les consolations entrevues avaient disparu. Prégamain n'avait plus du tout l'air d'un homme qui projette une folle soirée.
De la même allure il franchit la rue Royale et monta l'avenue des Champs-Elysées jusqu'à l'Arc de Triomphe de la place de l'Étoile. Là, il tourna par la gauche et suivit l'avenue Marceau jusqu'à la porte de son hôtel.
La maison était sens dessus dessous, par suite de l'absence prolongée du maître. Théodora n'avait pas dîné et pleurait comme une fontaine, brisée qu'elle était par cet ouragan d'émotions: la séance, la disparition du député. En entendant rentrer son mari, elle se précipita dans l'antichambre, lui sauta au cou, heureuse de le retrouver, d'être rassurée enfin. Mais il la repoussa brutalement.
—Ne m'approchez pas! s'écria-t-il. Ne m'approchez pas!!… misérable!!!
Épouvantée, elle obéit, courut se réfugier dans son boudoir, se sentant devenir folle.
Gédéon entra dans son cabinet, s'y enferma à double tour.
Son bureau était chargé de papiers, de lettres, de dossiers, de journaux. Il repoussa tout cela d'un coup de poing, faisant table nette; puis il prit un feuillet blanc, une plume, et il écrivit.
Un quart d'heure après, une formidable détonation plongeait dans l'épouvante la luxueuse demeure. On courut au cabinet, on força la porte et l'on trouva le député de Sisteron étendu sur le tapis, une plaie sanglante au front.
La lettre par laquelle il expliquait sa fatale détermination était ainsi conçue:
«Pour atteindre au premier rang, j'ai dépensé deux ans de travail acharné, plus de six millions de francs; j'ai enrichi deux cents familles et remué toute une contrée.