«Urbis faciem calamo perinde ac penicillo depingere,» écrit de Lyon, en septembre 1534, Rabelais au cardinal du Bellay.
Passage que M. Paul Lacroix[89] a ainsi interprété: «Enfin il voulait employer la plume et le crayon pour faire une description topographique de la ville de Rome.»
[89] François Rabelais, sa vie et ses ouvrages, notice en tête de l'édition de J. Bry, 1854.
Cette version n'est pas absolument exacte. Perinde ac n'a jamais eu le sens que lui donne ici M. Lacroix. Perinde signifie quasi, comme avec; pour rendre le sens de la phrase latine de Rabelais, il faut traduire que l'érudit dépeignait de sa plume les monuments romains comme avec un crayon.
Ce passage de la lettre de Rabelais au cardinal du Bellay doit donc être retiré du débat, et il ne reste véritablement comme document, dans l'instruction relative aux Songes drolatiques, que la mention des arts du dessin dans les chapitres sur l'éducation, ce qui n'est pas suffisant.
Je cherche d'autres moyens d'élucider la question, et c'est de l'essence même des images que je tâcherai de faire sortir la vérité. Elles offrent le fait particulier que, datées de 1565, ces figures ne paraissent se rattacher à aucune publication française du même ordre, et qu'elles semblent une création, une trouvaille dans l'ordre comique.
Un éditeur, M. Tross, qui a donné une bonne reproduction des Songes drolatiques, dit que les illustrations des Devises héroïques de Claude Paradin et de la Vita e Metamorfoseo d'Ovidio, deux ouvrages publiés à Lyon en 1557 par le libraire Ian de Tournes, ne furent pas sans influence sur les Songes drolatiques.
Dans les figures sur bois des Métamorphoses d'Ovide, attribuées par les uns à Salomon Bernard, par les autres à José Amman, de Nuremberg, je ne vois que des encadrements de pages composés d'arabesques au milieu desquelles se jouent des Pygmées, qui n'offrent pas avec les Songes de Pantagruel cette «ressemblance des plus frappantes» dont parle M. Tross.
Ces figurines, en tant que jalons des caprices au seizième siècle, n'en sont pas moins curieuses; et sur les trois entourages différents qui, à diverses reprises, sont répétés dans l'Ovide, j'en donne un qui sert économiquement de frontispice aux Devises héroïques du même libraire lyonnais.