—Ce diable est un esprit triste qui ne peut souffrir une chanson joyeuse, disait-il à ses disciples.
Ce fut sans doute pour ce motif que le réformateur composa des chansons et se plut à en entendre; mais le moyen était trop doux et, pour vaincre un adversaire si redoutable, Luther menaçait de traiter la séquelle diabolique avec un mépris dont elle ne se relèverait pas.
Les Propos de table font mention de la singulière prison dans laquelle le moine comptait les loger. «Un jour, Luther penchait vers l'idée qu'il avait lui-même pour adversaires deux diables qui le guettaient de près et qu'ils étaient allés se promener avec lui dans le dortoir du couvent. Quand ils m'auront tout à fait épuisé la tête, dit-il, ils pourront m'entrer dans le c..; c'est là leur place.»
Le moine ne se contentait pas d'une si désagréable incarcération; il comptait bombarder le diable enfermé en cet endroit et lutter avec lui d'odeurs nauséabondes, moyen violent et grossier que les disciples du réformateur nous ont conservé sans paraître s'en étonner: «Si le diable s'obstine à ne pas me laisser tranquille, disait Luther, je tiens pour lui un pet en réserve (illi crepitum admitto ventris); il faut qu'il en reçoive beaucoup de moi.»
On pense si par de tels moyens le diable fut mis en fuite, la recette d'un semblable exorcisme étant dévoilée, qu'il était si facile à tout possédé d'employer.
D'après un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai (XIIe siècle).