La présence du chat dans les plus pauvres intérieurs, sa silhouette visible qui se profile à tout instant, la brièveté de son unique syllabe, facile à retenir, expliquent pourquoi l'animal joue un si grand rôle dans les impressions du jeune âge.
On remplirait un volume des chansons de nourrices sur les chats:
A B C,
Le chat est allé
Dans la neige; en retournant
Il avait les souliers tout blancs.
Les Allemands particulièrement s'intéressent à ces naïvetés; toutefois dans quelques provinces de France on a recueilli des poésies semblables, témoin celle citée par Jérôme Bujeaud dans ses Chants & chansons populaires des provinces de l'Ouest[14]:
[14] Niort, Clouzot, 2 vol. Gr. in-8. 1836.
Le chat à Jeannette
Est une jolie bête.
Quand il veut se faire beau,
Il se lèche le museau;
Avecque sa salive
Il fait la lessive.
Couplet enfantin qui pourtant forme croquis & dessine le mouvement de l'animal comme avec un crayon.
Chats & souris forment d'habitude une association que les poëtes & les peintres se sont plu à représenter pour l'enseignement de l'enfance, qui, sans raisonner cet antagonisme, est tout de suite appelée à être témoin des luttes entre la force & la faiblesse.
De mon extrême jeunesse je me rappelle une vieille toile servant de devant de cheminée qui représentait en face d'un pupitre de musique une douzaine de chats de toute nature & de toute couleur, gros, allongés, noirs, blancs, angoras & matous de gouttières. Sur le pupitre était ouvert, dans son développement oblong, le vénérable Solfége d'Italie. Les notes étaient remplacées par de petits rats qui imitaient à s'y méprendre les noires & les blanches; leurs queues indiquaient également les croches & les doubles croches. En avant de ses confrères, un beau chat battait la mesure avec la dignité qu'on est en droit d'attendre d'un chef d'orchestre; mais sa patte posée sur le cahier de musique semblait prendre plaisir à égratigner les rongeurs emprisonnés dans les portées; &, malgré les agréments de la clef de sol, je crois que les rats auraient préféré la clef des champs.
Breughel & les peintres flamands de la même époque se sont plu à répéter ce motif.