Mais ces peuples entendaient par une semblable musique des imaginations saugrenues telles, par exemple, que l'orgue où chaque note, représentée par la queue tirée de divers chats, produisait un miaulement qui répondait à d'autres miaulements.

C'étaient là plaisirs de fous qui, ne sachant qu'imaginer pour le divertissement des princes ou des grands seigneurs auxquels ils étaient attachés, cherchaient des bizarreries qui répondissent aux mœurs grossières de l'époque.

Les paysans, en qui les vieilles coutumes sont profondément enracinées, obéirent longtemps aux divertissements de la Saint-Jean, tels qu'ils étaient pratiqués dans les villes. En Picardie, dans le canton d'Hirson, où se célèbre la nuit du premier dimanche de carême, le Bihourdi, dès que le signal est donné, fallots & lanternes courent le village: au milieu de la place est dressé un bûcher auquel chaque habitant apporte sa part de fagots. La ronde commence autour du feu; les garçons tirent des coups de fusil; les ménétriers sont requis avec leurs violons, & par-dessus tout se font entendre les miaulements d'un chat qui, attaché à la perche du bihourdi, tombe tout à coup dans le feu. Ce spectacle excite les enfants, qui se mêlent au charivari criant: hiou! hiou!

Depuis quelques années seulement les chats échappent à ce martyre.

Un chat de moins, ce n'est rien. Un chat de plus, c'est beaucoup.

L'animal sauvé du feu est la marque du pas qu'a fait la civilisation dans les campagnes. Quelques gens du canton ont appris à lire, appris à réfléchir, par conséquent. Un instituteur se sera trouvé qui, ayant quelque influence sur les enfants du village, aura démontré l'inhumanité de brûler un chat. Et le feu de joie sans chat rôti n'en est pas moins joyeux!

Les Flamands sont plus humains que nous, si on s'en rapporte à un arrêté de 1818, qui défend à l'avenir de jeter un chat du haut de la tour d'Ypres. Cette fête avait lieu habituellement le mercredi de la seconde semaine de carême; mais dans ce pays une tradition devait se rattacher au saut du chat. Et les Flamands semblent plus excusables que les Français.

Faut-il ranger au nombre des ennemis des chats l'inventeur du XVIe siècle qui imagina de répandre la terreur dans les rangs des armées ennemies en remplissant d'odeurs abominables des canons que des chats portaient attachés sur leur dos[18]?

[18] Je dois ce renseignement & ce dessin à la bienveillance de M. Lorédan Larchey qui a parcouru toute la France, visitant les musées, les archives & les bibliothèques pour enrichir de monuments inédits ses Origines de l'artillerie française.