S'il fallait tirer des coups de fusil à tous les gens qui adorent les asperges, la France serait bientôt décimée.

Le chat, d'essence sauvage, aime les herbes, qui sont balais pour son estomac. Un chat à la campagne fait suivre la toilette de ses ongles d'une déglutition d'herbes & de plantes. Ces verdures lui manquant dans l'intérieur des appartements, n'est-il pas naturel qu'au printemps l'animal veuille goûter, comme ses maîtres, à de savoureux légumes?

L'asperge, salutaire à l'homme, offre les mêmes qualités au chat. Il n'y a pas là matière à coups de fusil.

Un autre grief de M. Toussenel contre la chatte domestique tient à son accouplement avec le chat sauvage. A en croire le chasseur, la race des chats sauvages serait aujourd'hui détruite si la chatte ne la perpétuait par de fréquents croisements.

«Chose remarquable & bizarre, ajoute le fouriériste, que ce soit ici la femelle qui fasse retour à la sauvagerie, car cette rétrogradation de la part de la femelle est contraire à la règle générale des animaux. On sait que dans toutes les races animales ou hominales, le progrès s'opère par les femelles. Ainsi il n'y a pas d'exemple que la chienne ait jamais accepté la mésalliance avec un hôte des bois, le loup & le renard, tandis que tous les jours au contraire, on voit la louve écouter les propos amoureux du chien, & même faire des avances à celui-ci dans le voisinage des bois.»

A la suite de ces affirmations, qui auraient besoin de preuves, se déroule une succession d'analogies paradoxales tendant à prouver que si la femme noire vient au blanc, jamais la blanche ne descend jusqu'au noir: la juive, suivant M. Toussenel, sollicite la main d'un gentilhomme, jamais la fille du gentilhomme ne s'abaisse jusqu'au juif; les femmes européennes viennent au Français, rarement la Française prend mari hors de France.

Enfilade de prolixes comparaisons amenée par une chatte de village qui s'est laissé séduire par un chat sauvage!

J'ai consulté divers naturalistes; le chat sauvage devient très-rare en France. Que faut-il conclure de tels accouplements, à supposer toutefois qu'ils aient lieu? Qu'ils sont utiles pour conserver la pureté de la race, & que chats & chattes de village ne méritent pas les coups de fusil appelés avec tant d'inutilité sur leurs têtes.

Le chat domestique de campagne a d'autres ennemis: le Journal d'agriculture pratique contenait dernièrement un énorme réquisitoire à son sujet.

Suivant le rédacteur, le plus grand destructeur du gibier, c'est le chat. La nuit, il rôde dans la campagne, guettant avec plus de patience qu'un pêcheur à la ligne les lièvres & les lapins qui s'ébattent, enhardis par l'obscurité. Les bonds du chat sont aussi terribles que ceux d'une panthère; d'un saut, l'animal tombe sur les lapereaux, & on lui fait un crime que ses griffes recourbées pénètrent dans les chairs comme un hameçon.