Je n'en veux pour preuve que la légende de Mahomet & du chat Muezza[19].
[19] On sait le nombre & le nom des objets qui appartenaient à Mahomet: neuf épées, trois lances, trois arcs, sept cuirasses, trois boucliers, douze femmes, un coq blanc, sept chevaux, deux mules, quatre chameaux, sans compter la jument Borac sur laquelle le prophète monta au ciel, & le chat Muezza qu'il affectionnait d'une façon toute particulière.—A l'époque de Mahomet, le chat n'était pas fort commun en Arabie, ce n'est guère que dans la vallée du Nil qu'il était révéré & chéri de tous; il devint assez tard l'animal favori des musulmans, par vénération pour le prophète, que les fidèles cherchent à imiter en toutes choses. Tournefort, dans son Voyage du Levant, paraît avoir cité le premier la légende de Mahomet, relative au chat.
Mahomet rêvait à sa politique; sur sa manche était accroupi Muezza.
Pendant que le chat ronronnait, Mahomet songeait, car c'est une excellente basse aux méditations que le ronron des chats.
Peut-être le prophète songeait-il à son Paradis. Il songea longuement, le chat s'endormit.
Forcé d'aller à ses devoirs, Mahomet prit des ciseaux, coupa la manche de son habit sur laquelle était accroupi le chat, & se leva, heureux de n'avoir pas troublé le sommeil de l'animal.
Telle est la légende orientale.
Que prouve-t-elle & quel enseignement doit-on en tirer? Que le prophète était plein de douceur pour les animaux & qu'il donnait exemple à son peuple d'une mansuétude poussée à l'extrême[20].
[20] Un moment avant de mourir, le prophète prononça ces paroles: «Si quelqu'un a lieu de se plaindre que je l'aie maltraité de coups, voici mon dos, qu'il me les rende sans crainte.»
C'est le secret des hommes qui ont des nations à gouverner, un empire à fonder, une religion à établir, que de se montrer pleins de pitié pour les faibles. Tout d'abord les femmes sont avec eux; car ce sont des sentiments féminins que la protection de l'enfant & de l'animal.