Dans un nouvel ouvrage De la variation des animaux & des plantes sous l'action de la domestication[39], le naturaliste est revenu avec plus de détails sur les chats. J'emprunte à ce livre quelques recherches historiques & quelques observations:

[39] Traduit par J.-J. Moulinié, t. I, in-8º. Paris, Reinwald, 1868.

«Le chat a été domestiqué déjà fort anciennement en Orient; M. Blyth m'apprend qu'il en est fait mention dans un écrit sanscrit datant de deux mille ans...

«... Les chats sans queue de l'île de Man diffèrent du chat commun non-seulement par l'absence de queue, mais par la longueur de leurs membres postérieurs, la grandeur de leur tête & par leurs mœurs...

«Desmarets a décrit un chat du cap de Bonne-Espérance, remarquable par une bande rouge sur le dos...

«Nous avons vu que les contrées éloignées possèdent des races distinctes de chats domestiques. Les différences peuvent être dues en partie à leur descendance d'espèces primitives différentes, ou du moins à des croisements avec elles. Dans quelques cas, comme au Paraguay, Mombas, Antigua, les différences paraissent dues à l'action directe des conditions extérieures. On peut dans quelques autres attribuer quelque effet à la sélection naturelle, les chats ayant, dans certaines circonstances, à pourvoir à leur existence & à échapper à divers dangers; mais, vu la difficulté qu'il y a à appareiller les chats, l'homme n'a rien pu faire par une sélection méthodique, & probablement bien peu par sélection inintentionnelle quoiqu'il cherche généralement, dans chaque portée, à conserver les plus jolis individus, & estime surtout une portée de bons chasseurs de souris. Les chats qui ont le défaut de rôder à la poursuite du gibier sont souvent tués par les piéges. Ces animaux étant particulièrement choyés, une race de chats qui aurait été aux autres ce que le bichon est aux chiens plus grands, eût été probablement d'une grande valeur; & chaque pays civilisé en aurait certainement créé quelques-unes, si la sélection eût pu être mise en jeu; car ce n'est pas la variabilité qui fait défaut dans l'espèce.

«Dans nos pays, nous voyons une assez grande variété dans la taille, les proportions du corps, & considérable dans la coloration des chats... La queue varie beaucoup de longueur; j'ai vu un chat qui, lorsqu'il était content, portait la queue rabattue à plat sur le dos...

«Les conditions extérieures du Paraguay ne paraissent pas être très-favorables au chat; car, quoique à moitié sauvage, il ne l'est pas devenu complétement, comme tant d'autres animaux européens. Dans une autre partie de l'Amérique du Sud, d'après Roulin, le chat a perdu l'habitude de hurler la nuit. Le Rév. W. D. Fox a acheté à Portsmouth un chat qu'on lui dit provenir de la côte de Guinée: la peau en était noire & ridée, la fourrure d'un gris bleuâtre & courte, les oreilles un peu nues, les jambes longues, & l'aspect général singulier. Ce chat nègre a produit avec le chat ordinaire.

«... Une race en Chine a les oreilles pendantes. Il y a, d'après Gmelin, à Tobolsk, une race rouge. En Asie, nous trouvons aussi la race angora ou persane.

«Le chat domestique est revenu à l'état sauvage dans plusieurs pays, & partout, autant qu'on en peut juger d'après de courtes descriptions, il a repris un caractère uniforme. A la Plata, près Maldonado, j'en ai tué un qui paraissait tout à fait sauvage; M. Waterhouse, après un examen attentif, ne lui trouva de remarquable que sa grande taille. Dans la Nouvelle-Zélande, d'après Dieffenbach, les chats redevenus sauvages prennent une couleur grise panachée comme les chats sauvages proprement dits: ce qui est aussi le cas des chats demi-sauvages des Highlands de l'Écosse.»