On peut découper dans chacune de ses toiles un morceau, c'est de la peinture; mais comme les Français se connaissent médiocrement en peinture et qu'ils s'attachent avant tout au sujet, à l'esprit et au joli, Courbet ne pouvait être compris.

En même temps, l'accusation de réalisme venait se joindre aux efforts des jaloux pour empêcher le développement du maître, et il en était de ce mot de réalisme comme du titre de Musique de l'avenir, dont on a affublé ironiquement Richard Wagner.


Je parlerai plus tard du titre de Musique de l'avenir, dont les adversaires de Wagner se sont servis longtemps comme d'une massue, croyant l'accabler; mais les massues des journalistes ne sont que des massues des Funambules, en toile peinte avec du foin dedans.


Ne faut-il pas avant tout adresser des remercîments aux critiques de profession dont tous les coups portent à faux? Ils arrêtent d'abord la marche de l'homme fort, nuisent à sa fortune, jettent des bâtons dans les roues, creusent des ornières pour faire verser le char, élèvent des barricades vermoulues derrières lesquelles ils se tiennent tremblants, armés de vieilles seringues pleines d'encre. Tout d'un coup, après avoir réparé ses forces, après des mois de défaillance, l'artiste se relève fier, convaincu, fort, et d'un seul de ses regards il fait fuir les médiocrités, les jaloux, les impuissants, les inutiles, les pâles seringueurs d'encre et il traverse triomphalement la voie sur laquelle s'empresse une foule enthousiaste.


Tel est Wagner aujourd'hui, après la séance du mercredi 24 janvier 1860, qui restera une date dans l'éphéméride des arts.


Dès l'arrivée du maître à son pupitre, je compris à la physionomie de l'orchestre que la cause était gagnée. Les musiciens se dérangèrent avec respect et joie, impatients de commencer et saluant l'arrivée de Richard Wagner par des applaudissements d'archets sur le bois de leurs instruments.