André remarque que c'est en racontant l'histoire d'Andromède à la troisième personne que le poëte lui adresse brusquement ces vers: Te circum, etc., sans la nommer en aucune façon. «C'est tout cela, ajoute-t-il, qu'il faut imiter. Le traducteur met les alcyons volants autour de vous, infortunée Princesse. Cela ôte de la grâce.» Je ne crois pas abuser du lecteur en l'initiant ainsi à la rhétorique secrète d'André[63].
Note 63:[ (retour) ] Il disait encore dans ce même exquis sentiment de la diction poétique: «La huitième épigramme de Théocrite est belle (Épitaphe de Cléonice); elle finit ainsi: Malheureux Cléonice, sous le propre coucher des Pléiades, cum Pleiadibus, occidisti. Il faut la traduire et rendre l'opposition de paroles... la mer t'a reçu avec elles (les Pléiades).»
Nina, ou la Folle par amour, ce touchant drame de Marsollier, fut représentée, pour la première fois, en 1786; André Chénier put y assister; il dut être ému aux tendres sons de la romance de Dalayrac:
Quand le bien-aimé reviendra
Près de sa languissante amie, etc.
Ceci n'est qu'une conjecture, mais que semble confirmer et justifier le canevas suivant qui n'est autre que le sujet de Nina, transporté en Grèce, et où se retrouve jusqu'à l'écho des rimes de la romance:
«La jeune fille qu'on appelait la Belle de Scio... Son amant mourut... elle devint folle... Elle courait les montagnes (la peindre d'une manière antique).—(J'en pourrai, un jour, faire un tableau, un quadro)... et, longtemps après elle, on chantait cette chanson faite par elle dans sa folie:
Ne reviendra-t-il pas? Il reviendra sans doute.
Non, il est sous la tombe: il attend, il écoute.
Va, Belle de Scio, meurs! il te tend les bras;