Où la simplicité n'est qu'un luxe de plus.
Ermenonville, avec son Temple de la Philosophie et sa Tour de Gabrielle, ne trouvait pas grâce absolument devant son goût sans fadaise. L'ouvrage d'un Allemand, Hirschfeld, sur les jardins et les paysages, lui fournissait surtout matière à gaieté. Le professeur d'esthétique avait conseillé au bout du verger un étang, d'où monterait en choeur le cri des grenouilles, effectivement si harmonieux de loin le soir, dans la tranquillité des airs. Mais cette harmonie, qui sentait trop Aristophane, et que Jean-Baptiste Rousseau n'avait pas réhabilitée, ne revenait guère à Fontanes, non plus que l'étang bourbeux. Il prenait de là occasion pour se jeter sur le germanisme en littérature, et il en prévoyait dès lors, il en combattait les conséquences en tout genre, avec une vivacité qui prouve encore moins sa prévention extrême que sa promptitude de coup d'oeil et d'avant-goût. Quand vint madame de Staël, elle le trouva tout armé à l'avance et très-averti.
On voit que M. de Fontanes n'était pas un homme de révolution; aussi la nôtre de 89 ne l'enleva point d'un entier élan. A trente ans passés, sa situation restée si précaire semblait le pousser en avant: sa modération d'esprit le retint. Il partagea pourtant avec presque toute la France le premier mouvement et les espérances de l'aurore de 89; l'on a même un chant de lui sur la fête de la Fédération en 90. Mais ce fut sa limite extrême. Dès le commencement de 90, il participait avec son ami Flins à la rédaction d'un journal, le Modérateur, qui remplissait son titre. On distingue difficilement les articles de Fontanes dans cette feuille, qui d'ailleurs a peu vécu; et comme il n'y a que l'esprit général qui en soit remarquable, il importe peu de les distinguer. Le Modérateur suit, avec moins de verve et d'audace, la ligne d'André Chénier. J'aime à y voir[111] le chevalier de Pange, cet autre André, loué pour ses Réflexions sur la Délation et sur le Comité des Recherches. On y devine, à quelques mots jetés çà et là, combien Fontanes jugeait le moment peu favorable aux vers; et il n'était pas homme à s'armer de l'ïambe. Des ébauches de tragédies qu'il conçut alors, Thrasybule, Thamar, Mazaniel, n'eurent pas de suite et n'aboutirent qu'à quelques scènes. Il quitta Paris peu après, et, retiré à Lyon, il adressait de là cette gracieuse et un peu jeune Épître à Boisjolin.[112] Un grand calme, un sourire d'imagination y règne. Il a retrouvé les champs, il a repris l'étude, et le voilà qui resonge à la belle gloire. Dans les conseils qu'il donne, lui-môme il se peint, et, à cette lenteur de poésie qu'il exprime si merveilleusement, on reconnaît son propre talent d'abeille:
Note 111:[ (retour) ] Numéro du 13 février 1790.
Note 112:[ (retour) ] M. de Boisjolin, traducteur de la Forêt de Windsor dans sa jeunesse, et rédacteur du Mercure avant 89, longtemps sous-préfet à Louviers mais qui n'a pas cessé d'aimer les lettres. Il est proche parent de nos poëtes Deschamps du Cénacle, l'aimable Emile et le grave Antony. (1838.)
Comme on voit, quand l'hiver a chassé les frimas,
Revoler sur les Heurs l'abeille ranimée,
Qui six mois dans sa ruche a langui renfermée,
Ainsi revole aux champs, Muse, fille du Ciel!
De poétiques fleurs compose un nouveau miel;