Cette pure colombe s'est laissé fasciner par le regard vainqueur d'un farouche milan avec qui elle plane dans les régions bleues d'un platonisme transcendant.
La complaisance de Rodolphe porta bonheur à l'album, qu'on se passa de main en main, et qui, en moins d'une heure, s'enrichit de toutes sortes d'autographes. M. Durosoir, encore sous l'influence d'une discussion fort vive sur les romans, mit son nom à la suite de cette pensée, ou mieux de cette boutade:
Les romanciers sont des brouillons qui tendent incessamment à déplacer l'axe de toutes choses.
Deux ou trois feuillets plus loin s'épanouissait cette opinion d'un critique à qui Clément avait fait voir l'ébauche sur panneau d'une Résurrection qu'on attribuait à Jouvenet:
On pourrait dire de Jouvenet qu'il peint au courant du pinceau, comme on dit d'un calligraphe qu'il a une belle écriture courante.
Après un autographe musical du pianiste, consistant en un canon à trois voix, qui, lu à rebours, produisait un deuxième morceau parfaitement régulier, le poëte, dont il a été parlé, transcrivit ce sonnet de mémoire:
Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
A la Très-Belle, à la Très-Bonne, à la Très-Chère,
Dont le regard divin t'a soudain refleuri?
Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges;
Rien ne vaut la douceur de son autorité;
Sa chair spirituelle a le parfum des anges,
Et son oeil nous revêt d'un habit de clarté.
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son Fantôme en dansant marche comme un flambeau;
Parfois il parle et dit: Je suis belle et j'ordonne
Que pour l'amour de Moi vous n'aimiez que le Beau,
Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone.