[Épitaphe pour lui-même[30].]
Ci-gît, qui pour avoir par trop aimé les gaupes,
Descendit jeune encore au royaume des taupes.
[1841-1842.]
[CHANSON DU SCIEUR DE LONG][31]
Rien n'est aussi-z-aimable,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Rien n'est aussi-z-aimable
Que les scieurs de long (bis.)
Ia pas des gens plus aise,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Ia pas des gens plus aise
Que les scieurs de long. (bis.)
Tant qu'ils sont sur la bille,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Tant qu'ils sont sur la bille
Sciant des cheverons, (bis.)
Aussi de la membrure,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Aussi de la membrure
De tout échantillon (bis.)
—La maître vient les voir,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Le maître vient les voir:
Courage, compagnons, (bis.)
V'ià la Saint-Jean qu'arrive,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
V'ià la Saint-Jean qu'arrive:
Les écus rouleront! (bis.)
—Nous irons voir nos femmes,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Nous irons voir nos femmes,
Les ceux qui en auront; (bis.)
Ia plus que le p'tit Pierre,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Ia plus que le p'tit Pierre,
Mais nous le marierons (bis.)
Avec la fille du maître,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Avec la fille du maître
Qui-z-est ici présent. (bis.)
Nous irons à la noce,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Nous irons à la noce,
Comme tous les parents. (bis.)
L'an d'après, sur la bille,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
L'an d'après sur la bille,
Jouerons les p'tits enfants. (bis.)
Car rien n'est si-z-aimable,
Fanfru-cancru-lon-la-lahira,
Car rien n'est si-z-aimable
Que les scieurs de long. (bis.)
[A Sainte-Beuve.]
Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne[32].]
Plus polis et luisants que des anneaux de chaîne,
Que, jour à jour, la peau des hommes a fourbis,
Nous traînions tristement nos ennuis, accroupis
Et voûtés sous le ciel carré des solitudes,
Où l'enfant boit, dix ans, l'âpre lait des études.
C'était dans ce vieux temps, mémorable et marquant,
Où, forcés d'élargir le classique carcan,
Les professeurs, encor rebelles à vos rimes,
Succombaient sous l'effort de nos folles escrimes
Et laissaient l'écolier, triomphant et mutin,
Faire à l'aise hurler Triboulet en latin.—
Qui de nous, en ces temps d'adolescences pâles,
N'a connu la torpeur des fatigues claustrales,
—L'œil perdu dans l'azur morne d'un ciel d'été,
Ou l'éblouissement de la neige,—guetté,
L'oreille avide et droite,—et bu, comme une meute,
L'écho lointain d'un livre ou le cri d'une émeute?
C'était surtout l'été, quand les plombs se fondaient,
Que ces grands murs noircis en tristesse abondaient,
Lorsque la canicule ou le fumeux automne
Irradiait les cieux de son feu monotone,
Et faisait sommeiller, dans les sveltes donjons,
Les tiercelets criards, effroi des blancs pigeons;
Saison de rêverie, où la Muse s'accroche
Pendant un jour entier au battant d'une cloche;
Où la Mélancolie, à midi, quand tout dort,
Le menton dans la main, au fond du corridor,—
L'œil plus noir et plus bleu que la Religieuse,
Dont chacun sait l'histoire obscène et douloureuse,
—Traîne un pied alourdi de précoces ennuis.
Et son front moite encor des longueurs[33] de ses nuits.
—Et puis, venaient les soirs malsains, les nuits fiévreuses,
Qui rendent de leur corps les filles amoureuses
Et les font, aux miroirs,—stérile volupté,—
Contempler les fruits mûrs de leur nubilité,—
Les soirs italiens, de molle insouciance,
—Qui des plaisirs menteurs révèlent la science,
—Quand la sombre Vénus, du haut des balcons noirs,
Verse des flots de musc de ses frais encensoirs.—
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