Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,
Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines,
Être maudit, à qui, de l'abîme profond
Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond!
—O toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
Foules d'un pied léger et d'un regard serein
Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain!
VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION
1er quatrain, 3e et 4e vers.
Et, navire poussé par un grand aquilon,
Fait travailler un soir les cervelles humaines,
[TOUT ENTIÈRE]
Le Démon, dans ma chambre haute,
Ce matin est venu me voir,
Et, tâchant à me prendre en faute,
Me dit: «Je voudrais bien savoir,
«Parmi toutes les belles choses
Dont est fait son enchantement,
Parmi les objets noirs ou roses
Qui composent son corps charmant,
«Quel est le plus doux.»—O mon âme!
Tu répondis à l'Abhorré:
«Puisque en Elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.
«Lorsque tout me ravit, j'ignore
Si quelque chose me séduit.
Elle éblouit comme l'Aurore
Et console comme la nuit;
«Et l'harmonie est trop exquise,
Qui gouverne tout son beau corps,
Pour que l'impuissante analyse
En note les nombreux accords.
«O métamorphose mystique
De tous mes sens fondus en un!
Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum!»
VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION
1re strophe, 3e et 4e vers.
Et, tâchant de me prendre en faute,
M'a dit: «Je voudrais bien savoir.