Le malade prendra-t-il, comme confidents de ses graves préoccupations, les personnes de son entourage immédiat, père, mère, mari, femme, etc.?

Quelle médiocre ressource!—Certes, ce n'est ni le dévouement, ni la bienveillance, ni la tendre affection qui font défaut aux membres de la famille; mais le malade se garde bien de leur confier ses chagrins intimes, d'abord par crainte de les alarmer, et ensuite parce qu'il sait d'avance ce que pourront lui dire ces personnes, qu'il connaît de tout temps. Qui alors? Le prêtre? Mais, bien souvent, le prêtre n'a pas ses entrées dans la maison; et même, s'il s'agit d'un malade dont l'état soit un peu inquiétant, la famille de celui-ci fait tout ce qu'elle peut pour retarder une visite qui risque de l'effrayer. Il sera bien temps d'appeler le prêtre quand le malade sera sans connaissance!

Que reste-il donc?—Le médecin.

Le besoin qu'a de lui le malade, pour la santé de son corps, lui donne une influence et une autorité morales supérieures à celles mêmes des parents ou des amis les plus respectés. C'est à lui surtout que le malade est tenté de confier ses doutes, ses préoccupations d'au-delà, ses vagues espoirs, tout ce monde d'idées qui s'agitent en lui avec une abondance et une intensité inaccoutumées.

Au médecin, donc, d'être à la hauteur de sa tâche, sur ce domaine particulier de la psychothérapie, dont l'importance est souvent capitale.

Mais que doit-il faire? En présence d'un malade qu'il voit partagé entre des restes de foi plus ou moins effacés, et cet état d'incrédulité, active ou passive, qui est aujourd'hui si commun; en présence d'un malade qui, sans croire qu'il va mourir, craint cependant de mourir, et se demande avec angoisse si cette mort signifiera vraiment pour lui l'anéantissement éternel, ou bien s'il y a quelques chances qu'il retrouve ailleurs, avec une vie nouvelle, la société de ceux qu'il a le plus aimés sur cette terre; en présence d'un tel malade, que doit faire le médecin? Il faut que, dans ces graves circonstances, il ne perde jamais de vue que le malade est semblable à un noyé qui cherche à se raccrocher à la moindre branche de salut; si donc il n'a à lui offrir que de froides théories philosophiques, aboutissant à la désespérance finale, s'il est lui-même bien convaincu que la mort signifie, pour le malade, la fin absolue, et la séparation à jamais d'avec ce qui lui est cher, alors il fera mieux de se taire et de garder pour lui des doctrines qui, en admettant même qu'elles fussent exactes, ne pourraient être, ici, d'aucun réconfort. Ce dont le malade a besoin, c'est de soutien moral, c'est de foi, c'est surtout d'espérance. Or, où trouvera-t-il tout cela en dehors de la doctrine de celui qui a dit: «Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai?»

L'influence utile de la religion est, d'ailleurs, reconnue par tous les médecins qui se sont occupés des «maladies» nerveuses; et c'est avec plaisir que nous avons lu les lignes suivantes, dans le livre du Dr Dubois[13], de Berne, qui cependant, dans le reste de son ouvrage, développe avec complaisance des théories philosophiques fort éloignées de l'orthodoxie chrétienne:

Note 13:[ (retour) ] Dr Dubois. Les Psychonévroses et leur traitement moral, 1904.

«La foi religieuse pourrait être le meilleur préservatif contre ces «maladies» de l'âme, et le plus puissant moyen pour les guérir, si elle était assez vivante pour créer, chez ses adeptes, un vrai stoïcisme chrétien. Dans cet état d'âme, hélas! si rare, dans les milieux bien pensants, l'homme devient invulnérable; se sentant soutenu par son Dieu, il ne craint ni la «maladie» ni la mort. Il peut succomber sous les coups d'une «maladie» physique, mais, moralement, il reste debout au milieu de sa souffrance, il est inaccessible aux émotions pusillanimes des névrosés.» Et, plus loin, à la leçon, XXXV: «Ceux à qui leur tournure d'esprit permet encore la foi naïve trouveront un appui dans leurs convictions religieuses, à condition qu'elles soient sincères et vécues.»

Mais, s'il en est ainsi, est-ce que le devoir n'en résulte pas, pour le médecin psychothérapeute, d'encourager son malade dans ces convictions religieuses qui peuvent le rendre «inaccessible aux émotions pusillanimes des névrosés»?