D'ailleurs l'opothérapie, en général, nous semble une méthode pleine de promesses; j'ai cité notamment, à la Société de Thérapeutique, en 1904, le cas d'une malade à foie défectueux arrivée au dernier degré du marasme, avec muguet dans la bouche, qui a été comme ressuscitée par l'emploi de trois lavements quotidiens préparés avec une macération de 200 grammes de foie de porc, fraîchement tué, dans 300 grammes d'eau bouillie. Cette dame, une grande malade avec phénomènes nerveux et dyspeptiques anciens, avait eu, à un moment donné, une insuffisance hépatique; son foie ne fonctionnait pour ainsi dire plus (fièvre intermittente hépatique, urobiline dans l'urine, etc.); au deuxième mois de cette complication, elle était arrivée à l'état lamentable que j'ai indiqué, quand nous eûmes l'idée de lui rendre ce qui manquait à son foie. Le résultat a dépassé toute espérance; trois heures après le premier lavement, la malade avait des urines claires et abondantes; huit jours après, elle avait retrouvé le sommeil et l'appétit, les selles régulières, etc. Une fois l'orage passé, le danger immédiat conjuré, il m'a encore fallu continuer à soigner l'estomac, le cerveau, l'intestin, la peau de ma malade: mais, trois mois après, elle put aller achever sa convalescence dans le Midi, et, depuis deux ans, elle va presque bien. La complication hépatique n'avait été qu'un épisode dans le cours de la «maladie», qui évoluait depuis vingt années.
D'une façon générale, les préparations opothérapiques, auxquelles un immense avenir semble réservé, ne rendront tous les services qu'elles peuvent rendre que quand on trouvera le moyen de les donner par voie sous-cutanée, comme le faisait Brown-Séquard avec son liquide orchitique.
Chez certains malades, les préparations de strychnine par injections hypodermiques ont un effet très utile: mais il ne faut pas dépasser en général la dose d'un milligramme de sulfate, ou mieux encore d'arséniate de strychnine, ni faire plus de huit ou dix injections, réparties sur trente jours.
Nous avons dit combien la grippe est dangereuse pour les malades, quels qu'ils soient. C'est l'ennemie personnelle des neurasthéniques. De là, la préoccupation constante que nous avons de faire la guerre à cette affection accidentelle, de la couper dès ses débuts. Or, il m'a bien semblé trouver, dans le cacodylate de gaïacol, un agent antigrippal spécifique, sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention de mes confrères, à la Société de Thérapeutique, en janvier 1906.
Il est certain qu'une injection de cinq centigrammes de cacodylate de gaïacol, dans un gramme d'eau stérilisée, et préalablement saturée de gaïacol, fait merveille chez les grippés au début: elle les guérit en quelques heures. Deux ou trois injections consécutives suffisent toujours pour couper la grippe, même quand elle n'est pas prise au début, à moins qu'il n'y ait de graves complications pulmonaires, et, même alors, le cacodylate de gaïacol me semble très recommandable. Il l'est aussi dans ces convalescences interminables de grippe qui résistent à tous les traitements.
Dans les cas de grippe avec fièvre, voire même avec pneumonie, nous nous sommes très bien trouvés de donner, pendant trois ou quatre jours de suite, des injections de quinine. Une seringue de Pravaz de la solution suivante, introduite profondement dans le muscle, est très bien tolérée et n'occasionne jamais d'abcès:
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Chlorhydrate neutre de quinine Antipyrine Eau distillée |
3 grammes. 2 — 6 — |
Ces injections de quinine ont aussi un effet merveilleux dans les névralgies postgrippales, qui sont quelquefois si tenaces, et qui résistent même aux opiacés (névralgies sous-orbitaires, sciatiques, névralgies intercostales).
Je n'ai pas essayé la quinine en dehors de ces suites éloignées de la grippe, cas de grippe aiguë et de névralgies postgrippales,—on ne peut pas tout faire,—mais je crois bien que la quinine à petites doses, donnée en injections à tous les malades à dépréciation nerveuse momentanée, aurait un effet dynamogénique précieux.
Dans certains cas de douleurs névralgiques trop pénibles, les injections d'héroïne sont indiquées; mais il faut savoir que l'héroïne doit se manier à doses trois fois moindres que la morphine; en d'autres termes, on ne doit jamais dépasser un milligramme d'héroïne, surtout chez les malades dont on ne connaît pas la tolérance. L'action antinévralgique de l'héroïne nous a semblé supérieure à celle de la morphine; mais il faut bien se rappeler que l'héroïne est un médicament aussi dangereux que la morphine, auquel les malades s'habituent, et réserver son emploi pour les cas exceptionnels. J'ai souvenir d'un malade chez lequel je me disposais, à contre-coeur, à employer l'héroïne, lorsque, me ravisant, je me demandai si la névralgie crurale qui le torturait ne serait pas, par hasard, d'origine syphilitique. Or, en reconstituant son histoire, j'acquis la conviction que la syphilis était vraiment en cause; et une seule piqûre de calomel eut raison à tout jamais de cette névralgie si pénible; tant il est vrai que le médecin doit toujours penser à la syphilis, quel que soit le malade qu'il a devant lui.