Brantôme a tracé un portrait d'Antoine de Bourbon:

«Il était très bien né, brave et vaillant, car de cette race de Bourbon il n'y en a point d'autres; belle apparence, belle taille, et plus haute de beaucoup que celle de tous messieurs ses frères; la majesté toute pareille, la parole et éloquence très bonne. Il acquit et laissa après lui une très belle réputation en Picardie et en Flandre, quand il fut lieutenant du roi et quand il s'en alla, roi de Navarre, commander en Guienne; car il conserva très bien à ses rois ces pays, et si en conquêta: de sorte qu'on ne parlait, en cela, que de M. de Vendôme.

«Mal récompensé pourtant de ses rois, et même du roi Henri, quand il l'oublia en son traité de paix entre lui et le roi d'Espagne, qu'il ne se fit aucune mention du recouvrement de son royaume de Navarre d'un seul petit trait de plume; et certes, il y eut du tort, car ce prince avait fidèlement servi la couronne de France, pour laquelle soutenir, au moins les siens, la reine Jeanne était déshéritée, et était aussi cousine germaine du roi...»


De Thou rapporte que les conseillers de François II, à l'époque de la conjuration d'Amboise, voulurent faire assassiner Antoine de Bourbon dans le cabinet même du roi. Le roi de Navarre, informé du complot, ne laissa pas d'entrer dans le cabinet. «S'ils me tuent, dit-il à un de ses gentilshommes, prenez ma chemise toute sanglante, portez-la à mon fils et à ma femme: ils liront dans mon sang ce qu'ils doivent faire pour me venger.»

Sa droiture et sa respectueuse contenance devant François II firent échouer le complot.


Ce prince avait, outre les défauts déjà signalés, une honteuse et bien étrange monomanie,—que quelques écrivains, par une confusion qui s'explique, ont gratuitement prêtée à son fils Henri IV. Il prenait, il volait tout ce qui lui convenait! Chaque soir, ses valets de chambre, en le déshabillant, inspectaient ses poches, et, le lendemain, ils allaient à la recherche des personnes victimes du vol royal. (Pages [24]-[36].)

[IV.]

Il est à remarquer, dit Bascle de Lagrèze, comme une particularité historique très curieuse, que tous les historiens se sont trompés sur la date de la naissance de Henri IV, qu'ils fixent au 13 décembre. Voici ce que nous lisons dans le Journal des naissances et morts des princes de Béarn, tenu par l'évêque d'Oloron: «Ce 14 de décembre 1553, ma dicte Jehanne, princesse de Navarre, accoucha de son troisième fils à Pau en Béarn, entre une et deux heures après minuict. Lequel fut baptisé le mardi VIe jour de mars dudict an, audit lieu de Pau; et furent ses parrains, le roi de Navarre, son grand-père, qui le nomma Henry, et Monseigneur le cardinal de Vendôme, son oncle paternel, et fut sa marraine, la sœur du roi de Navarre, veufve de feu Monseigneur de Rohan.» (Page [11].)