—Un coup de canne!
—Dont, en lui donnant le bras, je sanglai, sur le boulevard, le museau d’un individu qui me faisait l’effet de nous regarder de travers. Elle m’avoua depuis que cela lui était allé droit au cœur. O femmes! sexe décevant... comme dit Figaro.
—Les femmes, reprit Octave, ressemblent au pendule dont le mouvement est une réaction continuelle: quand il est allé à droite, il va à gauche pour revenir à droite, et ainsi de suite. Suppose donc la vertu d’un côté, la passion de l’autre et le balancier féminin entre deux, il est à parier qu’après avoir frappé à droite d’une manière violente, il reviendra non moins énergiquement à gauche; car plus une vibration a été longue, plus la vibration contraire a de jeu. La femme tombe du confessionnal aux bras de son amant, ou devient sœur Louise de la Miséricorde après avoir endormi sur ses genoux le front de Louis XIV. Pouvons-nous avoir assez d’adoration pour ces folles sublimes? La mienne, à moi, plus divinement extravagante que toutes les autres, se cramponne maintenant, par un embrassement désespéré, à l’aride rocher du devoir; mais je l’en arracherai, sur mon âme! Et pour hâter la réaction du pendule, je vais y attacher en guise de contrepoids un petit tourment que j’aurais dû employer plus tôt.
—Pourquoi la faire souffrir puisque tu crois qu’elle t’aime?
—Pourquoi? parce qu’elle le veut ainsi probablement. T’imagines-tu que je la torture de gaieté de cœur; que j’éprouve du plaisir à voir sur ses joues la pâleur de l’insomnie, à trouver des traces de larmes dans ses yeux? me supposes-tu donc enfin dans l’âme quelque chose qui ressemble au féroce sensualisme du marquis de Sade? Je l’aime, te dis-je. Après elle, je souffre ses peines et je pleure ses larmes. Mais je l’aime enfin, et je la veux! Si elle ne me laisse ouvert, pour arriver à elle, qu’un chemin plein de ronces et de pierres aiguës, dois-je reculer parce que je risque en l’entraînant avec moi d’y blesser ses pieds charmants? Oh! je les guérirai par mes baisers!
—Bref, elle est comme la femme de Sganarelle, qui voulait être battue.
—Tu ramènes tout au grotesque.
—Écoute donc, je ne suis pas amoureux: je suis artiste. Si j’ai du trait dans l’esprit, ce n’est pas ma faute. Et toi, en ta qualité d’amant docile, tu es décidé à obéir? tu battras?
—Moralement.
—Eh bien, au fait, tu as raison. La science de l’amour ressemble à ces vieilles enseignes sur lesquelles on lit: Ici l’on coiffe à l’idée des personnes. Si l’idée de cet ange est qu’on lui tire les cheveux, coiffe-la à son idée.