—Oh! vous êtes sans pitié, dit-elle plus faiblement; mais je vous abhorre; tuez-moi plutôt!
Gerfaut fut ému et presque effrayé de l’accent d’angoisse dont elle prononça ces paroles; il lui rendit la liberté, mais au moment où il ouvrait les bras, il la sentit chanceler et fut obligé de la soutenir.
—Pourquoi me faites-vous mal? murmura-t-elle d’une voix défaillante, en tombant évanouie sur la poitrine de son amant.
Il l’enleva dans ses bras, monta, non sans difficulté, l’étroit escalier et la posa sur le divan du parloir. Elle avait entièrement perdu connaissance; à la pâleur mate de son visage, on eût pu la croire morte, sans un léger tressaillement qui agitait de temps en temps ses membres et semblait présager une crise de nerfs. Octave lui donna les secours que réclamait son état en homme assez familier aux évanouissements de femme pour ne pas en perdre la tête. La femme de chambre la plus adroite n’eût pas détaché plus rapidement les agrafes du peignoir et la petite cravate de satin qui gênait la respiration. Malgré son anxiété, il ne put réprimer un sourire en reconnaissant son épingle qu’il ne s’attendait guère à trouver au cou de Clémence, après la manière hostile dont il venait d’être accueilli. S’agenouillant devant elle, il lui baigna d’eau froide les mains et les tempes et lui fit respirer un flacon de vinaigre qu’il avait trouvé sur la toilette de la chambre à coucher. Peu à peu ces soins produisirent leur effet; les convulsions nerveuses se calmèrent, les dents desserrées laissèrent passer un souffle plus égal, et une nuance légère colora la pâleur de la jeune baronne. Elle ouvrit languissamment les yeux et les referma, comme si la lumière l’eût blessée; puis, étendant un bras, elle en entoura le cou d’Octave penché vers elle; elle resta quelque temps ainsi, respirant doucement et dormant en apparence du sommeil le plus paisible.
—Tu me donnes ton épingle, n’est-ce pas? dit-elle tout à coup, en se retournant machinalement du côté de son amant; et elle croisa les deux mains de manière à lui en faire un collier.
—Tout ce que j’ai n’est-il pas à toi? répondit-il bien bas, tandis qu’il faisait les vœux les plus fervents pour prolonger le rêve où elle paraissait plongée.
—A moi! reprit-elle d’une voix faible et passionnée; dis encore que tu m’appartiens, que tu es mon bien, mon être! à moi seule, mon Octave!
—Tu ne me chasses donc plus? tu me veux donc près de toi? demanda-t-il avec une douce moquerie de bonheur, et en effleurant de ses lèvres la joue satinée de la jeune femme.
—Oh! reste, je t’en supplie! bien près et toujours!
Elle le serra plus étroitement dans ses bras, comme si elle eût craint qu’il ne la voulût quitter, et se retourna tellement, que sa bouche remplaça sa joue. L’ardeur avec laquelle il répondit à ce mouvement involontaire de tendresse fut trop vive pour que le sommeil de Clémence y pût résister. Elle se leva sur son séant, ouvrit les yeux et regarda un instant autour d’elle avec un étonnement silencieux.