—Parbleu! si je le connais! En parlant de service, je lui en ai rendu un qui avait son petit mérite.—Est-il au château?

—Oui, monsieur, et sa dame aussi.

—Ah! diantre! sa femme aussi. C’est une demoiselle de Corandeuil, de Provence; est-elle jolie?

—Jolie, dit Mlle Gobillot, en se pinçant les lèvres, cela dépend des goûts. Pour les personnes qui aiment les figures pâles comme un cierge, je ne dis pas. Et puis elle est maigre! Il est sûr qu’il n’est pas difficile d’avoir la taille mince et de paraître bien faite quand on est maigre comme ça.

—Tout le monde ne peut pas avoir vos joues de rose et ces formes enchanteresses, dit à demi-voix le peintre, en regardant son modèle d’un air séducteur.

—Il y en a qui trouvent la sœur de monsieur plus jolie que madame, observa Mme Gobillot, en allongeant pour la cinquième fois la sauce de son filet de bœuf.

—Oh! maman, comment pouvez-vous dire cela! s’écria Reine avec une moue dédaigneuse, Mlle Aline! une enfant de quinze ans! Il est sûr qu’elle ne manque pas de couleurs; mais elle a les cheveux si blonds, si blonds, qu’ils ont l’air rouge. On dirait qu’ils brûlent.

—Ne dites pas de mal des cheveux rouges, je vous prie, interrompit le peintre; c’est une nuance d’un ragoût éminemment artistique, et qui était fort à la mode chez les juifs.

—Chez les juifs, à la bonne heure, mais chez les chrétiens... il me semblait que les cheveux noirs...