Aline ressortit dans l’agitation la plus vive. Tout le monde la suivit et courut aux fenêtres donnant sur la cour, où l’on entendait tonner la voix de commandement du maître du château. Plusieurs domestiques étaient déjà accourus près de lui; l’un d’eux tenait par la bride Titania couverte de sueur et de boue, les naseaux ouverts, et tremblante comme un cheval qui vient de commettre une mauvaise action. Sur un banc de pierre, contre la façade de la maison, un jeune homme essuyait avec un foulard le sang qui coulait de son front. C’était M. de Gerfaut.

A cette vue, Clémence s’appuya contre le chambranle de la fenêtre, et Marillac descendit précipitamment.

Le père Rousselet, qu’on avait enfin trouvé aux cuisines, s’avança majestueusement en mangeant une tartine beurrée, d’un pied de long.

—Arrivez donc, mille tonnerres! lui cria Bergenheim. Voilà monsieur, que cette enragée jument a jeté contre un arbre, et qui a reçu un coup violent à la tête. Ne pensez-vous pas qu’il serait convenable de le saigner?

—Une légère phlébotomie ne peut qu’être très avantageuse pour arrêter l’extravasation du sang dans la région frontale, répondit le vieux paysan, en appelant à son secours tous les mots techniques qu’il avait appris lorsqu’il était infirmier.

—Êtes-vous sûr de bien faire cette saignée?

—Je me licencierai de dire à monsieur le baron que j’ai phlébotomisé, la semaine dernière, Perdreau, et, il y a un mois, Mascareau, sans qu’il me soit revenu de reproches de leur part.

—Pardine! je crois bien, dit en ricanant le piqueur, ils ont crevé tous les deux.

—C’est que je ne suis ni Perdreau ni Mascareau, observa le blessé en souriant.

Rousselet se redressa de toute sa hauteur, avec la dignité d’un talent méconnu qui ne daigne répondre ni à la critique ni à la défiance.