—Qu’est-ce que tu me contes là?
—Laisse-moi dire. Je veux le vote universel, le concours de tous les citoyens, l’admission à tous les emplois, les élections générales, les bases larges, le gouvernement populaire, enfin tout notre salmis patriotique. Ce qui signifie, en fait de femmes, que je les porte toutes dans mon cœur, que je ne reconnais entre elles aucune distinction de caste ou de rang, et que je proscris toute catégorie. Article premier de ma charte: toutes les femmes sont égales devant l’amour, pourvu qu’elles soient jeunes, jolies, aimables, attrayantes, bien faites surtout, et pas trop maigres.
—Et l’égalité!
—Tant pis. Appliquant donc ce système éminemment constitutionnel et libéral, je vais moissonnant toutes les fleurs qui veulent bien se laisser cueillir par moi, sans trouver les unes plus fraîches parce qu’elles sont de noblesse, ni les autres moins parfumées parce qu’elles sont de roture. Et comme les pâquerettes des champs sont un peu plus nombreuses que les roses impériales, il en résulte que je déroge souvent, mais très souvent. C’est ainsi qu’en ce moment je suis lancé jusque par-dessus les oreilles dans un petit sentiment villageois haut en couleur, et bien en chair:
Simple et naïve bergerette,
Elle règne....
—Tais-toi donc; l’appartement de Mlle de Corandeuil est précisément sous celui-ci.
—Je te dirai, puisqu’il faut te rendre compte de mes actions, qu’avant dîner je suis allé dans le parc dessiner quelques sapins qui remontent au moins à Clodion le Chevelu, et plus beaux dans leur genre que les chênes de Fontainebleau.—Voilà pour l’art.—A dîner, j’ai dîné et vaillamment. C’est une justice à rendre à Bergenheim, on vit chez lui d’une manière royale. Voilà pour l’estomac.—Ensuite j’ai fait seller un cheval en tapinois, et, en deux petits temps de galop, je me suis trouvé à la Fauconnerie, où j’ai présenté mes adorations à Mlle Reine Gobillot, fille mineure, mais jouissant de ses droits. Voilà pour le cœur.
—Peste!
—Pas d’ironie, s’il te plaît: chacun ne partage pas ton goût pour les princesses qui vous font courir cent lieues pour les suivre, sans vous offrir seulement le bout de leur gant à baiser au débotté. Ces intrigues, dignes de la Clélie, ne sont pas mon fait.