—Je devine fort mal les énigmes, dit Octave d’un ton sec.

—Demain nous reparlerons de ça.

—Comme tu voudras, reprit l’amant avec une indifférence peut-être affectée. Si tu veux jouer avec moi le rôle d’Iago, je te préviens que je suis peu disposé à la jalousie.

—Demain, te dis-je, j’éclaircirai cette affaire: quel que soit le résultat de ma démarche, je te promets de te dire la vérité. Après tout, ce n’est peut-être qu’un commérage de femmes.

—Bien, bien, à ton loisir. J’ai pour demain un autre service à te demander. Je chercherai à décider ces dames à faire une promenade dans le parc. Mlle de Corandeuil ne viendra probablement pas; il faut que tu me fasses le plaisir d’accaparer le Bergenheim et la petite sœur et de gagner les devants insensiblement, de façon à me faciliter un moment d’entretien avec cette cruelle; car elle m’a signifié que d’aucune manière je ne réussirais à la voir seule, et il faut absolument que je lui parle.

—Il n’y a qu’un inconvénient, c’est qu’on attend demain vingt personnes à dîner, et que tous ses moments seront pris probablement par ses devoirs de maîtresse de maison.

—C’est pardieu vrai, s’écria Gerfaut en se levant avec tant de vivacité qu’il renversa sa chaise.

—Tu oublies encore que Mlle de Corandeuil loge ici dessous.

—C’est Satan qui s’en mêle, reprit l’amant en se promenant à grands pas, sans égard pour cette observation. Je voudrais qu’il tordît le cou, pendant la nuit, à tous ces visiteurs campagnards. Allons, les dés sont pour elle. Aujourd’hui et demain seront la bataille de Ligny de ce petit despote; mais, après-demain, gare Waterloo!