—Comme vous me parlez, pour une petite pincée de terre! répondit Reine devenue rouge framboise, de rose pêche qu’elle était; et elle jeta le reste de la poignée qu’elle avait prise à une taupière à deux pas de là.

—C’est que ça me cuit comme les cinq cents diables, reprit l’artiste d’un ton radouci, car il comprit le ridicule de sa colère; puisque vous avez fait le mal, venez au moins le réparer; on dit que ça guérit, de souffler dans l’œil.

—Non! je m’en vais. Je n’aime pas qu’on me rudoie.

L’artiste mit son album dans sa poche et se leva précipitamment, en voyant que la jeune fille faisait un mouvement pour partir; il lui passa cavalièrement un bras autour de la taille et l’obligea, moitié de gré, moitié de force, à s’asseoir près de lui.

—C’est que l’herbe est humide, et je tacherai ma robe, dit-elle pour dernière résistance.

Un foulard fut aussitôt étendu sur le gazon, en guise de tapis, par l’amant subitement rendu à la politesse et aux petits soins de son état.

—Et maintenant, ma chère Reine, reprit-il, dites-moi pourquoi vous venez si tard. Savez-vous qu’il y a une heure que je m’arrache les cheveux de désespoir.

—Heureusement la poudre les fait repousser, répondit-elle en regardant malicieusement Marillac, dont la tête était en effet poudrée en brun comme si on lui eût versé une tabatière sur l’occiput.

—Méchante! s’écria-t-il en riant, quoique ses yeux eussent l’air d’avoir pleuré; et il essaya de prendre un baiser pour la punir, d’après le principe des représailles, moins odieuses en amour qu’à la guerre.

—Finissez donc, monsieur Marillac! vous savez bien ce que vous m’avez promis.