Il ne peut donc tomber sous la définition que les intermédiaires entre les prédicaments et les individus, mais les uns et les autres ne se refusent pas à la description, qui est la définition selon l'accident ou improprement dite. Ainsi l'on dit que la substance est ce qui peut être sujet de tous les accidents, et que Socrate est un homme blanc, crépu, musicien, fils de Sophronisque. Ce sont des définitions incomplètes ou descriptions qui n'admettent que les seules différences, ou qui posent le genre sans les différences, ou l'espèce avec les accidents; elles diffèrent des vraies définitions, qui ne comprennent que la matière et la forme.
Parmi les noms soumis à la définition, on distingue les noms substantifs proprement dits, qui sont donnés aux choses en ce qu'elles sont, et les autres noms qu'on appelle noms pris, nomma sumpta (noms abstraits), et qui sont imposés aux choses à raison de la susception de quelque forme. D'où l'on distingue la définition quant à la substance de la chose, et la définition quant à l'adhérence de la forme. Les définitions des genres et espèces sont données quant à la substance ou substantivement; les définitions des noms pris, comme l'homme, le rationnel, le blanc, sont données adjectivement.
«A propos de ces dernières, une grande question est élevée par ceux qui placent les universaux au premier rang parmi les choses, c'est celle de savoir quelles sont les choses signifiées que les définitions de noms définissent. En effet, la signification des noms abstraits est double, la principale est relative à la forme, la secondaire relative au formé. Ainsi blanc signifie en premier lieu la blancheur qui sert à déterminer le corps sujet de la blancheur; en second lieu, le sujet même dont blanc est le nom. Or nous définissons le blanc le formé par la blancheur (ce qui a la forme de la blancheur). Maintenant on est dans l'usage de demander si c'est seulement la définition du mot ou de quelque chose que le mot signifie. Mais d'abord, comme nous définissons les mots, non selon leur essence, mais selon leur signification, cette définition paraît être en premier lieu celle de la signification; il reste donc à chercher de quelle signification. Est-ce la première, c'est-à-dire la blancheur, ou la seconde, c'est-à-dire le sujet de la blancheur? Si c'est la définition de la blancheur, elle est prédite d'elle-même (car c'est dire que la blancheur est formée du formé par la blancheur); blancheur se dit de toute chose blanche, et la définition se sert à elle-même de prédicat; or qui accorderait que blancheur ou cette blancheur fût formée de blancheur? tout ce qui est formé de blancheur ou blanc est corps.
«Mais si la définition ci-dessus est celle de la chose qu'on nomme le blanc, c'est-à-dire qui est le sujet de la blancheur, on demande si elle est la définition de chaque sujet qui reçoit la blancheur ou de tous pris ensemble. Dans le premier cas, elle est aussi celle de la perle, qui est blanche; alors, d'après la règle De quocumque diffinitio dicitur (la définition se dit de tout ce dont se dit le terme défini[551]), celle-ci donne le prédicat de la perle, ce qui est absolument faux. Si au contraire on veut qu'elle soit la définition de tous les sujets pris ensemble, il faudra, d'après la même règle, que tous les sujets, quelque divers qu'ils puissent être, soient définis ensemble (c'est-à-dire par le même prédicat dans la même proposition), ce qui est encore faux.
Note 551:[ (retour) ] Je crois que cette règle est celle que donne Aristote en ces termes: «Toute définition est toujours universelle.» (Anal. post., II, xiii.)
«Là-dessus, je m'en souviens, voici quelles étaient les solutions qui pouvaient lever toutes les objections précédentes.
«Supposons que l'on dise que cette définition est celle de la blancheur, entendue non selon son essence, mais selon l'adjacence (non substantivement, mais adjectivement), c'est une conséquence qu'elle soit aussi dite comme prédicat 1° de la blancheur adjectivement, en ce sens que tout blanc est formé par la blancheur; 2° et aussi de toutes les choses dont elle est le prédicat adjectif. (Ainsi toutes les choses blanches sont formées de la blancheur.)
«On peut dire aussi qu'elle convient à tout sujet quelconque de la blancheur; mais ce n'est pas une conséquence nécessaire qu'elle définisse tout ce qui a cette même définition pour prédicat; car cette règle la définition se dit d'un quelconque, ne regarde que les définitions selon la substance[552]; or celle dont il s'agit est assignée à la substance sujet de la blancheur, non quant à ce qu'elle est en elle-même, mais quant à une de ses formes.
Note 552:[ (retour) ] J'ai supprimé dans le texte de cette phrase deux mots, et definitum, qui me paraissaient en troubler le sens (p. 496).
«Cette solution me paraît aussi tirer d'affaire tous ceux qui veulent que la définition embrasse tous les sujets de la blancheur pris ensemble, quand même on concéderait qu'ils sont tous prédits en disjonction, c'est-à-dire que ce qui a la définition pour prédicat est ou perle, ou cygne, ou tout autre de ces sujets.