Note 280:[ (retour) ] «Errorem perniciosissimum et plane damnabilem.—Sententias.... «haereticas evidentissime comprobatas (ep. CCCXXXVI). Fidei adversantia, contraria veritati.» (Ep. CLXXXIX.)

«Ses adversaires,» dit Brucker[281], «ne purent ni supporter ni pénétrer les nuages dont il enveloppait des vérités simples; la superstition, l'ignorance, l'hypocrisie, l'envie, trouvèrent matière à persécuter cruellement un homme si digne de temps et de destins meilleurs. Il a le droit d'être compté parmi les martyrs de la philosophie.»

Note 281:[ (retour) ] Hist. crit. phil., t. III, p. 764.

Cette condamnation embrassait quatorze des dix-sept propositions qui lui étaient attribuées. Elles étaient données comme extraites de ses écrits; le premier, sa Théologie (et ce titre comprenait probablement deux ouvrages, l'Introduction et la Théologie chrétienne); le second, le Connais-toi toi-même ou son traité de morale. Le troisième était le Livre des Sentences, ouvrage qu'il a toujours désavoué; l'on ne connaît en effet aucun livre de lui qui porte ce titre[282].

Note 282:[ (retour) ] On trouve ces propositions diversement classées et rédigées dans divers recueils (Ab. Op., praefat., pars II, ep. XX; Apolog., p. 830.—Thes. nov. anecd., t. V. Theol. Christ., Observ. praev., p. 1149.—S. Bernard. Op., ep. CLXXXVIII). Elles différent peu pour le fond de l'extrait dressé par Guillaume de Saint-Thierry. Le texte, qui fut envoyé à Rome et sur lequel le pape prononça, a été retrouva au Vatican par Jean Durand, bénédictin, et publié par Mabillon. On croit que c'est le texte qui était joint à la grande lettre de saint Bernard. (Ep. CXC, seu Tractatus, etc. Opusc. XI.) Je crois plutôt que c'est l'extrait annoncé à la fin de la lettre des évêques de France (ep. CCCXXXVII); il contient quatorze articles représentés par quatorze fragments textuels d'Abélard. (S. Bern. Op., t. II, Opusc. XI, p. 640.) Les opinions qui y sont exprimées ont été discutées souvent. (Voyez Dupin, Hist. des controverses, XIIe siècle, c. VII, p. 360.—Le père Noël Alexandre, Hist. Eccl., t. VI, Dissert. VII, p. 787.—Duplessis d'Argentré, Collec. Judicior. de nov. error., t. I, p. 21.—Gervaise, Hist. d'Abell., t. II, t. V, p, 162.—Les auteurs du Thesaur. anecd., t. V, p. 1148, et ceux de l'Histoire littéraire, t. XII, p. 118 et suiv. et 138; enfin la troisième partie du présent ouvrage.) Quant aux écrits dénoncés, il faut en rayer le Livre des Sentences ou Sententiae Divinitatis, recueil qui courait sous son nom, qu'il a formellement désavoué et qu'on lui attribuait encore à l'époque où Gautier de Saint-Victor écrivait contre lui en même temps que contre P. Lombard, Gilbert de la Porrée, et Pierre de Poitiers. (Duboulai, Hist. Univ., t. II, p. 631.) Ce nom de Livre des Sentences était assez commun alors. (Ab. Op., Apolog., p. 333; Not., p. 1159.—Hist. litt. t. X, p. 313, et t. XII, p. 137.)

Quoique les quatorze propositions ne se retrouvent pas toutes littéralement dans le texte des écrits qui nous sont restés, elles sont en général authentiques, et les apologistes d'Abélard ont eu tort de les contester.

Parmi les maximes condamnées, les principales sont les suivantes:

I. Dans la Trinité, le Père a la toute-puissance, le Fils la sagesse, et le Saint-Esprit la charité; chacune de ces propriétés désigne chacune des personnes, de sorte qu'en logique rigoureuse la propriété qui distingue une des personnes semble manquer aux deux autres. Abélard ne dit pas cela, mais il avance au moins que le Père a la puissance parfaite, le Fils quelque puissance, le Saint-Esprit nulle puissance. Le Fils est de la substance du Père, puisqu'il en est engendré; le Saint-Esprit n'est pas de la substance du Père, puisqu'il ne fait que procéder du Père et du Fils. Une personne est à l'autre comme l'espèce est au genre, comme la forme est à la matière. C'est là ce que saint Bernard appelle introduire des degrés dans la Trinité, et sur ce chef, il accuse Abélard de l'hérésie d'Arius[283]. C'est ce que d'autres ont appelé réduire à l'unité les personnes divines, et sur ce chef, Abélard a été accusé de l'hérésie de Sabellius[284].

Note 283:[ (retour) ] «Theologus noster cum Ario gradus et scalas in Trinitate disponit.» (S. Bern. Op., ep. CCCXXX. Voyez aussi les lettres CXCII, CCCXXXI, CCCXXXII, CCCXXXVI, CCCXXXVIII.)

Note 284:[ (retour) ] Guillelm. S. Theod. Disput. adv. Ab., c. II et III. Biblioth. cist., t. IV.—Ott. Frising. De Gest. Frid., l. I, c. XLVII.—Mabillon, S. Bernard. Op., vol. I, t. II, p. 640.—Bayle, Dict. crit., art. Abélard.—Hist. litt., t. XII, p. 139.