Note 338:[ (retour) ] Voyez ci-après I. II, c. iii, et Ouv. inéd. d'Ab., Dialectique, p. 228 et 436. C'est une remarque de Thomasius, qu'Abélard n'a effacé d'aucun de ses ouvrages les opinions ni les passages qu'il semblait avoir rétractés. (Ab. Vit., chap. 81.)

Cependant ses forces déclinaient rapidement, et une maladie de peau très-douloureuse, lui laissait peu de tranquillité. L'abbé Pierre exigea qu'il changeât d'air, et l'envoya auprès de Châlons, dans le prieuré de Saint-Marcel, fondé par le roi Gontran, et possédé par l'ordre de Cluni. Cette maison s'élevait non loin des bords de la Saône, dans une des situations les plus agréables et les plus salubres de la Bourgogne. Là il continua sa vie studieuse; malgré ses souffrances et sa faiblesse, il ne passait pas un moment sans prier ou lire, sans écrire ou dicter. Mais tout à coup ses maux prirent un caractère plus alarmant; il sentit que le dernier moment venait, fit en chrétien la confession d'abord de sa foi, puis de ses péchés, et reçut avec beaucoup de piété les sacrements en présence de tous les religieux du monastère. «Ainsi, écrit Pierre le Vénérable, l'homme qui par son autorité singulière dans la science, était connu de presque toute la terre, et illustre partout où il était connu, sut, à l'école de celui qui a dit: Apprenez que je suis doux et humble de coeur, demeurer doux et humble, et, comme il est juste de le croire, il est ainsi retourné à lui[339]

Note 339:[ (retour) ] Math., XI, 29.—Ab. Op., pars II, ep. XXIII, Petr. Vener. ad Heloïss., p. 342.

Abélard mourut à Saint-Marcel, le 21 avril 1142. Il était âgé de soixante-trois ans[340].

Note 340:[ (retour) ] On lisait dans le vieux nécrologe du Paraclet: «Maistre Pierre Abaelard, fondateur de ce lieu et instituteur de sainte religion, trespassa ce XXI avril, agé de LXIII ans.» (Ab. Op.; Not p. 1196.) «Undenas malo revocante calendas,» porte son épitaphe (Id., p. 343).

Il fut enseveli dans une tombe d'une seule pierre, creusée assez grossièrement et d'un travail fort simple. Déposé d'abord dans la chapelle de l'infirmerie où il était mort, son corps fut ensuite transporté dans l'église du monastère de Saint-Marcel, et y demeura quelque temps. Dans le dernier siècle, on y voyait encore son sépulcre, ou plutôt son cénotaphe, sur lequel il était représenté en habit monacal[341].

Note 341:[ (retour) ] C'est, d'après de bonnes autorités (M. Alexandre Lenoir et M. Boisset, de Châlons), la même tombe où Abélard est déposé aujourd'hui au cimetière du Père Lachaise. M. Lenoir a donné le dessin du monument tel qu'il existait à Saint-Marcel avant la révolution. Suivant lui, le corps d'Abélard n'aurait quitté la chapelle de l'infirmerie que pour le Paraclet, et ce n'est que vers la fin du dernier siècle que son tombeau primitif aurait été transporté dans l'église du prieuré de Saint-Marcel. L'épitaphe, peinte en noir sur la muraille au-dessus du monument, portait:

Hic primo jacuit Petrus Abelardus

Francus et monachus cluniacensis, qui obiit

anno 1142. Nunc apud moniales paraclitenses

in territorio trecacensi requiescit. Vir pietate

Insignis, scriptis clarissimus, ingenii acumine,

rationum pondere, decendi arte, omni

scientiarum genere nulli secundus.

(Voyage littéraire par deux bénédictins, t. I, 1re partie, p. 225,—Musée des monum. franç., par A. Lenoir, t. 1, p. 220, pl. n° 617.)

Mais quand il mourut, il avait depuis bien longtemps demandé que ses restes reposassent au Paraclet[342]. Cette volonté devait être accomplie; celle qui régnait au Paraclet ne pouvait permettre qu'on ne l'accomplît pas.

Note 342:[ (retour) ] Ab, Op., pars I, ep. III, p. 63 et ci dessus p. 147.

Elle vivait dans un profond silence; depuis longues années, ce coeur s'était fermé et ne se montrait qu'à Dieu, sans se donner à lui. On ne sait rien d'elle.