Note 352:[ (retour) ] Voyag. litt. par deux bénédict., 1re partie, p. 85.

Note 353:[ (retour) ] C'était Charlotte de Roucy; celle qui avait conçu le plan était la vingt-sixième abbesse et se nommait Marie de Roye; toutes de la maison de la Rochefoucauld. L'épitaphe que l'une fit graver sur le tombeau, avait été composée à la demande de l'autre, en 1766, par l'Académie des inscriptions; elle est conçue en ces termes:

Hic

Sub eodem marmore jacent

Hujus monasterii

Conditor, Petrus Abaelardus

Et abbatissa prima Heloissa,

Olim studiis, ingenio, amore, infaustis nuptiis

Et poenitentia,

Nunc aeterna, quod speramus, felicitate

Conjuncti.

Petrus oblit XX prima aprilis 1142,

Heloissa XVII maii 1163.

Curis Carolae de Roucy, Paracleti

Abbatissae.

1779.

Il y a erreur dans cette dernière date. On a attribué cette épitaphe à Marmontel. M.A. Lenoir, qui parait avoir vu ce monument ou l'avoir copié sur des dessins authentiques, l'a fait graver dans son Musée. Il se compose du triple groupe et d'un socle appliqués à la muraille. (Lives of Abeil. and Helois., by J. Berington, t. II, p. 231.—Mus. des mon. fr., t. I, p. 225 à 228, pl. no 516.—Abail et Hél., par Turlot, p. 267-269.)

Ces ossements confondus sont aujourd'hui replacés dans la tombe de pierre où lui-même avait été d'abord enseveli sous les voûtes de l'église de Saint-Marcel. Comment cette tombe est-elle aujourd'hui déposée dans un des cimetières de Paris? D'où vient le monument qui la renferme, ce monument connu de tous, tant de fois reproduit par le dessin, sans cesse visité par une curiosité populaire, et qu'on peut souvent dans les beaux jours voir encore paré de couronnes funéraires et de fleurs fraîchement cueillies?

Un homme dont les soins pieux ont sauvé à la France bien des richesses de l'art gothique dans un temps où cet art était aussi dédaigné par le goût qu'insulté par les passions, l'auteur du Musée des monuments français[354], est celui à qui nous devons la conservation des restes d'Abélard et d'Héloïse et le tombeau même qui les contient. En 1792, le Paraclet fut vendu à la requête et au profit de la nation. Les notables de Nogent-sur-Seine vinrent en cortége lever les corps des deux amants que protégeait du moins la philosophie sentimentale de l'époque, et les transportèrent avec le groupe de la Trinité encore tout entier, dans leur ville et dans l'église de Saint-Léger. En 1794, des fanatiques du temps, à qui certainement l'ombre de saint Bernard n'était point apparue, dévastèrent l'église, et le groupe, jadis suspect d'un symbolisme hérétique, fut brisé comme un monument de superstition. Cependant ils épargnèrent le caveau qui renfermait les précieux restes. Six ans après, 8 floréal an VIII, M. Lenoir, muni d'un ordre du gouvernement, reçut des mains du sous-préfet au nom de l'arrondissement, un cercueil qui renfermait ces restes séparés par une lame de plomb. On l'ouvrit avec soin, et un procès-verbal fut dressé constatant l'état des ossements. Il a été publié. Les têtes furent moulées, et c'est sur ce modèle qu'un sculpteur a composé les masques si connus. Vers le même temps, un médecin de Châlons-sur-Saône, ayant sauvé le tombeau de l'église de Saint-Marcel, cette cuve de pierre gypseuse alabastrite, grossièrement ciselée, au moment où, achetée par un paysan, elle allait être livrée à quelque usage domestique, la remit au créateur du musée des Petits-Augustins, et c'est dans ce sépulcre grossier dont les sculptures paraissent effectivement à de bons juges être du temps et du pays, que les restes des deux époux ont été enfin déposés. Auprès d'une statue réputée celle d'Abélard en habit de moine, une statue de femme, du XIIe siècle, et à laquelle on avait adapté le masque de convention d'Héloïse, fut couchée sur le même tombeau. C'est celui qu'on a placé dans une sorte de chambre ou de lanterne, d'un gothique orné, et formée de débris enlevés au cloître du Paraclet, et surtout à une ancienne chapelle de Saint-Denis. Ce monument, d'un style recherché, postérieur au XIIe siècle, ouvrage composite d'Alexandre Lenoir, fut à la restauration transporté du jardin du musée des Petits-Augustins dans le cimetière du Père-Lachaise le 6 novembre 1817. Les noms d'Héloïse et d'Abélard étaient gravés alternativement sur la plinthe, et interrompus seulement par ces mots: [Grec: LEI SYMPEPLEGMENOI], toujours unis.

Note 354:[ (retour) ] M. Alexandre Lenoir. Il a raconté lui même tous ce details. Le médecin de Châlons est M. Boisset, le sculpteur M. Descine. (Mus. des mon. fr., t. I, p. 221 et suiv.—Notice hist. sur la sépult. d'Hél. et Abail., par le même, 1816.—Villenave, Notice placée en tête de la traduction des lettres, par le bibl. Jacob, p. 116 et suiv.—Autre traduction des lettres, par M. Oddoul; édition illustrée, t. I, p. CXI.)

On a vu qu'Héloïse avait un fils dont l'histoire ne parle pas. Il paraît qu'il entra dans les ordres, et obtint la bienveillance de Pierre le Vénérable. Dans la lettre qu'elle écrit à ce dernier, elle lui recommande son fils, pour qui elle le prie d'obtenir une prébende de l'évêque de Paris ou de tout autre. L'abbé répond qu'il s'efforcera de lui en faire accorder une dans quelque noble église, mais il ajoute que la chose n'est pas aisée, et qu'il a éprouvé souvent que les évêques se montrent fort difficiles pour accorder des prébendes dans leur diocèse[355].

Note 355:[ (retour) ] Ab. Op. ep. xxiv et xxv, p. 343 et 345.

En 1150, il y avait à Nantes un chanoine de la cathédrale du nom singulier d'Astralabe; il semble, que ce devait être le fils d'Abélard[356]. Un religieux du même nom est mort en 1162, abbé de Hauterive, dans le canton de Fribourg. Si c'est le fils d'Héloïse, sa mère lui aurait survécu de deux ans. Nous avons encore une pièce de vers latins qu'Abélard composa pour son fils; c'est un recueil de sentences morales, et l'on y lit ces mots: Nil melius muliere bona[357]. C'est la véritable épitaphe d'Héloïse[358].

Note 356:[ (retour) ] Extrait du Cartulaire de Buré; Mém. pour servir à l'Hist. de Bretagne,t. I, p. 587. Aussi Niceron veut-il qu'Astralabe soit mort en Bretagne (t. IV). Turlot dit avoir lu dans l'obituaire du Paraclet qu'il mourut dans ce couvent peu de temps après sa mère. (Abail. et Hél., p. 124 et 144.)

Note 357:[ (retour) ] C'est M. Cousin qui a découvert par hasard, en 1837, cet Astralabe, mort en Suisse abbé de bénédictins. Il a aussi publié des vers qu'Abélard aurait faits pour son fils, et qui, sans manquer d'élégance, manquent de poésie comme presque tous les vers latins du moyen âge. (Frag. philos., t. III, append. X.) Mais malgré l'Histoire littéraire, Thomas Wright (Reliq. antiq., t. I, p. 15), M. Edelestand Dumeril ne veut pas que cette pièce soit d'Abélard. (Journ. des sav. de Norm., 2e liv., p. 112.)