Note 515:[ (retour) ] «Diabolus quam consulunt.» Hexam., p. 1384-1388.
Abélard rencontre en passant quelque chose qui intéresse la création des espèces. C'est à ces mots: Creavit.... omnem amimam viventem atque motabilem (sic), quam produxerant aquaoe in species suas. Cela signifie, dit notre commentateur, que Dieu créa toute âme, c'est-à-dire tout animé en telles ou telles espèces (tales in species); c'est comme s'il était dit que Dieu a créé tout animé, quant à l'espèce et non quant au nombre, toutes les espèces et non tous les individus. Lorsqu'il est dit plus tard que Dieu se reposa, il faut entendre qu'il cessa de créer, non des individus, mais des espèces, celles-ci étant désormais toutes préparées. Le commandement: Croissez et multipliez ne s'adresse qu'aux individus. Le sixième jour, Dieu dit: «Producat terra animam viventem in genere suo jumenta, etc. Il s'agit de la création des animaux terrestres; toute âme vivante en son genre équivaut à tout animé vivant dans son genre. Les animaux vivent en effet dans leur genre, bien qu'ils meurent comme individus. «Ils vivent dans leur genre, c'est-à-dire dans leur espèce, ceux qui furent créés les premiers, quoiqu'ils ne vivent plus en soi. C'est ainsi qu'on dit d'un tyran mort qu'il vit dans ses enfants[516].» Ceci est-il du réalisme ou du nominalisme?
Note 516:[ (retour) ] Cf. Dialectica, p. 224 et 251.
Quant à la création de l'homme, une seule remarque. Dieu dit: Faisons l'homme, faciamus hominem; et aussitôt Dieu créa l'homme, creavit Deus hominem. Ce pluriel faciamus, exprime que c'est la Trinité tout entière qui aura dans l'homme son image. Dieu invite, convoque en quelque sorte par cette parole les trois personnes à la création de l'être qui reproduira au plus haut degré la puissance, la sagesse et l'amour; c'est-à-dire qui retracera le mieux les trois personnes divines.
«Et Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes, valde bonæ. Dieu ne jugea donc pas qu'il y eût rien à corriger en elles. Elles avaient reçu toute la perfection qu'elles pouvaient recevoir; il n'était pas convenable qu'elles en reçussent davantage, suivant cette pensée de Platon que le monde ayant été fait par un Dieu tout-puissant et sans envie, n'aurait pas pu être fait meilleur[517]. C'est ce que Moïse a considéré quand il a dit que toutes les choses créées étaient bonnes, quoiqu'il n'ait été accordé à personne, pas même à lui, de rendre compte de toutes. Ce ne sont pas les choses chacune en soi, ce sont toutes les choses ensemble qui sont très-bonnes. Saint Augustin l'a dit: Chaque chose est bonne en soi, mais toutes les choses prises ensemble sont très-bonnes. Car celles qui, considérées en elles-mêmes, paraissent ne valoir rien ou valoir peu, sont très-nécessaires dans l'ensemble général.» S'il y a de mauvaises choses, il faut songer que l'orgueil des mauvais anges et le péché de l'homme les ont introduites dans le monde; mais ni les anges ni l'homme n'avaient été créés mauvais. «Tous les ouvrages de Dieu sont bons et toute créature est bonne, n'ayant en elle ni mal ni péché par son origine de création. Dieu accorde à chacune ce qui lui convient, en sorte que chacune est faite par lui, non-seulement bonne, mais excellente, c'est-à-dire très-bonne, valde bona, et non-seulement par la première création, mais encore tous les jours, lorsque, par l'effet des causes primordiales, elles naissent et se multiplient.» La désobéissance première de l'homme a seule altéré cet ensemble de la création. Aussi le premier devoir est-il encore l'obéissance à Dieu.
Note 517:[ (retour) ] Timée, t. 1, p. 87 de la trad. de M. H. Martin.
Toutes ces observations appartiennent au commentaire historique[518]. Le moral et le mystique qui viennent ensuite sont très-courts et assez insignifiants. De là l'auteur passe au second chapitre de la Genèse, et nous n'avons son exposition que jusqu'au XVIIe verset. Il n'y a rien à remarquer dans cette partie de l'ouvrage, et ses recherches, soit sur la topographie du paradis et ses conséquences géographiques, soit sur la question de savoir si l'arbre de vie était un figuier ou une vigne[519], soit enfin sur la langue que Dieu parla à l'homme et le serpent à la femme, n'ont pas même un mérite de singularité.
Note 518:[ (retour) ] Hexam., p. 1365-1402.
Note 519:[ (retour) ] Il est porté à croire que c'était une vigne. (Hexam., p. 1409.—-In natal. Dom., serm. ii, Ab. Op., p. 744.)
En tout, nous ne pouvons souscrire aux éloges que quelques auteurs ont donné à l'Hexameron[520]. Le commentaire que, quatre ou cinq siècles auparavant, Bède avait donné du commencement de la Genèse nous paraît supérieur; celui de Scot Érigène s'élève à une tout autre hauteur, et il étonne encore aujourd'hui par la profondeur et la hardiesse, tandis que nous ne pouvons rien apercevoir de fort ni d'ingénieux dans tout ce que suggère à notre interprète le merveilleux récit qu'il prend pour texte; ce commentaire ne nous paraît avoir de prix que par les preuves qu'il fournit de l'instruction variée de l'auteur. Encore serait-il possible, je crois, de découvrir les sources de cette instruction, et de trouver çà et là dans saint Augustin, saint Jérôme et Boèce, les principaux passages dont il a composé le pastiche de sa science. Mais cela même serait curieux et donnerait lieu à d'intéressantes recherches sur l'origine et l'état des connaissances à cette époque du moyen âge.