Un parti de chasseurs montagnais qu'ils rencontrèrent les sauva de la mort qui les menaçait de si près, ceux-ci les emmenèrent avec eux dans leur propre village, où Paulo lui-même passa quelques jours. Il y fut reçu avec la plus cordiale hospitalité. Par la manière dont il me désigna l'endroit, je compris qu'il avait été, recueilli par la même tribu et dans le même village où j'avais été confier Angeline aux soins d'une vieille sauvagesse.

Effectivement, il ajouta qu'il s'était pris d'amitié pour une vieille femme; que bien souvent il se rendait dans son wigwam et la voyait battre une enfant qu'elle avait recueillie, disait-elle. L'enfant portait sur son corps et sur ses membres les meurtrissures des coups qu'elle avait reçus.

Je lui avais caché le lieu où j'avais laissé Angeline, mais je ne doutai pas un instant après l'avoir entendu parler que le misérable avait reconnu l'enfant, et qu'il savait me faire plaisir en m'apprenant les traitements qu'elle recevait.

Quelques mois après, la guerre se renouvela plus féroce encore qu'elle n'avait été. Les Iroquois portèrent toutes leurs forces contre les Hurons, qui étaient fixés sur les bords du lac qui porte leur nom. Ils firent un épouvantable massacre des vieillards, des femmes et des enfants qu'ils trouvèrent dans la bourgade. Les pères Brébeuf et Lalemant expirèrent eux aussi, comme l'avait fait précédemment le père Daniel dans les plus affreux tourments.

C'était le coup de grâce qui était donné à nos malheureux alliés les Hurons. Aussi durent ils se disperser et venir chercher sous l'abri des canons de Québec, la protection dont ils avaient besoin pour conserver les restes de leur tribu.

Les massacres avaient été terribles; couvert du sang de mes ennemis et cherchant la mort, je ne pus pas la rencontrer.

Paulo, dans les guerres dont je viens de parler, avait été fidèle au serment qu'il avait prêté de répondre à mon appel. Il était lâche, comme je vous l'ai dit, mais remplissait auprès de moi le rôle de valet que je lui avais donné.

Enfin les quatre années que j'avais fixées pour le temps où j'irais réclamer Angeline, étaient expirées. L'or que j'avais donné à la vieille devait être épuisé, si elle l'avait employé comme je le lui avait dit. Angeline avait alors sept ans et demi et j'avais trop souffert d'être privé du plaisir de la voir endurer des tourments comme ceux dont elle avait été victime pendant ce temps, pour ne pas avoir hâte de l'avoir auprès de moi, pour jouir au moins de ce que je lui réservais pour l'avenir.

Quand les restes de la tribu Huronne furent fixés auprès de Québec, repris avec Paulo la direction des contrées du Nord. La saison de la pêche et de la chasse était arrivée. Dans les régions septentrionales, tout le monde sait que c'est aux derniers jours de décembre que les loups-marins en troupeaux nombreux se laissent aller au courant sur les glaces polaires, pour venir raser les côtes de l'Ile de Cumberland et celles du Labrador. C'était par conséquent vers ces endroits que la tribu des Montagnais s'était dirigée. Paulo me désigna dans notre route les endroits où plusieurs de ses anciens associés avaient trouvé la mort. La triste expérience qu'il avait acquise m'avait mis sur mes gardes, aussi n'avais-je pas regardé aux dépenses pour m'assurer d'amples suppléments de provisions et un heureux retour.

Lorsque je rejoignis les Montagnais, je fus salué avec plaisir, Malheureusement leur chasse et leur pêche n'avaient pas été fructueuses, cependant ils espéraient des secours qui devaient leur venir d'un parti de chasseurs qui étaient allés plus loin.