Mais dans les grands bois où les postes étaient établis à des distances bien éloignées, le magistrat choisissait quatre à cinq hommes qui étaient, nourris et payés aux dépens du gouvernement pour remettre le prisonnier entre les mains du geôlier de la prison la plus rapprochée.
Tel était le cas pour Attenousse. Bélandré, agent d'une société qui exploitait le commerce de fourrures, parce qu'il avait une teinte d'instruction, avait été nommé à la charge de magistrat stipendiaire.
Ce n'était pas à son mérite personnel que la chose était due, mais aux intrigues qu'il avait exercées auprès des personnes haut placées.
On sait que les sauvages Abénakis et Micmacs ne craignaient pas de s'embarquer dans leurs frêles canots, pour traverser le fleuve, gagner le Saguenay, le remonter et aller faire la chasse et la pêche au lac St. Jean.
La distance était à peu de différence près de cet endroit de Québec ou Trois-Rivières. C'est là que se trouvaient les acteurs de la scène que nous voyons.
La ville des Trois-Rivieres était alors un entrepôt considérable pour le commerce de pelleteries; c'était le rendez-vous des trafiquants et des sauvages. Cette petite ville, à part du temps où les canots chargés de fourrures y venaient chaque année, avait la tranquillité qu'elle a aujourd'hui, aussi l'arrivée d'un meurtrier comme Attenousse y produisit-elle grande sensation.
Il fut escorté par une foule de personnes hurlant et vociférant contre lui, lui promenant sur eux un regard calme et fier.
Enfin on l'introduisit dans la prison, où il dut encore entendre les imprécations de cette foule.
Chacun s'empressa d'interroger ceux qui l'avaient conduit l'arme au bras, et qui ne manquèrent pas de répéter l'affirmation du magistrat qu'il était un grand scélérat et qu'il n'en était probablement pas à son premier meurtre.
Le soir, ce fut en frémissant que les commères se répétaient qu'il y avait dans la prison un homme coupable de plusieurs meurtres, que c'était un véritable démon incarné; aussi tremblait-on à l'idée qu'il pourrait s'échapper.