Ce que je souffris dans cette horrible nuit d'angoisses et de tortures morales je ne pourrais jamais l'exprimer jusqu'au moment où l'idée d'une prière me vint à l'esprit.

Je tombai à genoux et priai avec toute la ferveur dont mon âme était capable.

Cette prière sans doute fut écoutée du Ciel, car bientôt des pas lents et graves comme ceux que j'avais entendus dans la journée retentirent de nouveau dans le corridor. J'appelai encore une fois d'un accent désespéré. Cette fois, ma voix parvint aux oreilles de ceux à qui elle s'adressait. Les pas s'arrêtèrent à la porte de mon cachot et une voix pleine d'onction et de tristesse demanda à celui qui l'accompagnait qui appelait ainsi.

Ces un fou furieux, répondit celui à qui la question était posée, il a voulu aujourd'hui assassiner le gouverneur.

—Oh! non, non, m'écriai-je avec force. Qu'on veuille seulement m'entendre, mon témoignage peut sauver de la mort un innocent.

—Ouvrez-moi la porte de cette cellule, dit la même voix douce mais ferme cette fois.

—N'en faites rien, monsieur l'Abbé, il est capable de vous tuer.

—Ouvrez, répéta la voix plus fermement encore. La clef grinça dans la serrure et la porte roula sur ses gonds, alors entra un prêtre vénérable dont la chevelure blanche comme la neige retombait en rouleau sur ses épaules. Il avait à la main un flambeau qu'il déposa près de moi d'un air calme et paternel. Sa figure portait un caractère de grandeur et de sérénité empreinte dans ce moment d'une indicible tristesse.

A sa vue, je tombai à genoux et joignant les mains je m'écriai dans un état de reconnaissance sans bornes "Merci, mon Dieu, merci".

Le prêtre parut d'abord surpris de cette brusque transformation, il s'avança encore plus près de moi et me prenant les deux mains avec bonté me dit d'une voix grave et sympathique: