"La seule chose que j'ai pu obtenir a été l'aveu complet que Paulo m'a fait, et dont je ne doutais pas, qu'il était avec ses deux complices les meurtriers du malheureux compagnon d'Attenousse pour lequel celui-ci avait subi le dernier supplice. Paulo seul avait ourdi cette trame diabolique pour se venger de l'horreur qu'Angeline ressentait pour lui. Les deux autres bandits l'avaient aidé dans l'exécution."
"Pendant qu'on préside aux funèbres apprêts du supplice, je vais de l'un à l'autre, je les exhorte en pleurant à se préparer à paraître devant Dieu en exprimant dans leur coeur au moins une parole de contrition."
"Mais Paulo ne m'entend plus, toute vie intellectuelle est éteinte. Son oeil est vitreux et fixe. Il n'y a plus que sa respiration ou plutôt un râlement qui vit chez lui. Il ne voit rien, il n'entend rien, il ne peut plus se mouvoir."
"Rodinus détourne la tête avec dégoût quand je lui présente pour la seconde fois l'image du Dieu crucifié. Il l'aurait même souillé de nouveau par un crachat si je ne me fusse empressé de le retirer."
"Enfin la toilette est terminée, leurs chaînes leur ont été enlevées, ils ont la corde au cou et les mains liées derrière le dos."
"Le cortège se met en marche. Quatre aides portent Paulo toujours insensible et le déposent sur la trappe fatale, Rodinus l'a précédé. Il a toute la stoïque férocité du sauvage. La tête haute il jette d'abord un regard de défi sur la foule et regarde avec indifférence le bourreau qui passe l'extrémité de la corde dans le crochet. Il ne veut pas permettre qu'on rabatte le bonnet sur ses yeux comme on vient de le faire à Paulo."
"La foule est à genoux et prie. Moi, la figure prosternée sur le gibet, j'entends le bruit sourd qui m'avertit que la trappe est ouverte et que deux âmes viennent de paraître devant le tribunal suprême, et quelles sont jugées!!!... Ah! puissent-ils avoir trouvé miséricorde auprès de Dieu!!!!!!"
"Voilà, mon cher frère, les détails aussi exacts que possible, voilà aussi la fin déplorable de ces deux grands coupables. Pourtant, malgré toute l'apparence de l'inutilité de nos prières, redoublons cependant nos instances auprès du Très-Haut. Qui sait?"
Je ferme en frissonnant ce journal, il m'échappe des mains. J'essuie les sueurs glacées qui inondent mon front.
J'oublie l'univers entier et me transporte en esprit dans ce monde invisible et inconnu dont ces deux hommes ont franchi la barrière. Ma pensée se noie dans l'horreur du sort qui vraisemblablement les y attendait.