La lecture de cette lettre me fit un plaisir ineffable que je me plus à savourer quelque temps. Il fallut pourtant me tirer de cette délicieuse rêverie et retourner dans ma cabane.

Mes amis étaient éveillés. Je me fis raconter les derniers jours des bandits dans les plus grandes minuties. Ils avaient été plus diaboliques encore dans leurs actions que le bon prêtre ne me l'avait dit.

Un jour un d'eux lui avait presque coupé un doigt avec ses dents pendant qu'il lui présentait à boire, comme il le lui avait demandé.

Un autre jour, Rodinus l'assommait presque avec ses menottes pendant qu'il avait le dos tourné.

Il n'y avait pas d'avanies, d'injures, de blasphèmes, d'obscénités de toutes sortes que ce saint prêtre n'eût entendus de leurs bouches et souffert avec une patience et une douceur angéliques.

Mais je tire le rideau sur ce hideux tableau pour revenir au plus vite à ma chère enfant.

VIE INTIME

Quoiqu'il m'en coûtât beaucoup d'être pour plusieurs années séparé d'Adala, il me fallait en faire le sacrifice. Aussi, autant par goût que par un besoin de distraction et de mouvement, je repris avec mes amis la vie de coureur des bois.

J'étais parfaitement tranquille au sujet de ma fille chérie, je savais qu'elle trouverait, auprès de mes bonnes soeurs tout le bonheur possible. Pour lui éviter des chagrins que ma vue aurait pu lui causer, je résolus de ne l'aller voir que dans trois ans, mais je me proposai de lui écrire deux fois par année quoique je fusse convaincu qu'elle était incapable de m'oublier.

Nos préparatifs de départ ne furent pas longs et nous partîmes bien décidés à ne plus nous séparer et à partager à chaque retour au poste les profits de notre chasse.