Tous ces documents proviennent encore du fascicule 714.
Pendant ce temps, un établissement particulier de Naples, celui de Mme Rosalie Prota, dans l'ex-couvent de San Francesco delle Monache, avait acquis une grande réputation. Il existait donc alors dans le royaume trois établissements importants pour l'éducation des filles.
En 1813, la Maison Royale Caroline fut transférée d'Aversa à l'édifice de Naples, appelé les Miracoli, en vertu d'un décret du 6 septembre de cette année. Des décrets de ce même jour, du 13 janvier et du 17 novembre 1814, en accrurent encore les rentes. La reine Caroline déployait, en effet, une grande sollicitude pour ce collège, aidée, dans son œuvre intelligente, par le ministre Capecelatro, archevêque de Tarente.
L'année 1815 ramena les Bourbons…
Le collège royal jouissait alors d'un revenu d'environ 40,000 ducats. La direction et l'administration n'en relevaient d'aucun ministère[223], parce qu'il était uniquement et directement gouverné par Caroline Murat; Capecelatro, sous le titre de président, n'en réglait que la partie morale. Un décret du 27 juin 1815 fit passer la maison sous la direction du ministère de l'intérieur et en nomma président le prince de Luzzi, dont un rapport, daté du 2 août suivant, constata que l'ordre et la régularité qui y régnaient étaient absolument parfaits; le prince proposait seulement l'adjonction d'un professeur de catéchisme, vu l'importance suprême de cet enseignement…
Sans continuer l'histoire de ces établissements, nous nous en tiendrons aux faits que voici:
En avril 1829, les visitandines quittèrent volontairement Naples, et l'établissement de Mme Prota fut transporté au couvent de San Marcellino qu'elles laissaient, et fondu avec leur collège.
La même année, la reine Isabelle de Bourbon, femme du roi François Ier, prit la direction des deux maisons, des Miracoli et de San Marcellino, qui reçurent respectivement les noms de Primo et_ Secondo educandato Regio Isabella di Borbone_; toute la différence entre les deux établissements était dans la classe sociale à laquelle appartenaient les élèves; la discipline et l'instruction étaient les mêmes dans l'un et dans l'autre. Le premier, qui comprenait les enfants des familles les plus relevées, comptait deux cents places gratuites; le deuxième en comptait cent quatre; les autres places des deux collèges étaient payantes. La reine nommait aux places gratuites. Le programme des études et le règlement se trouvent dans l'ouvrage intitulé: Napoli e luoghi celebri delle sue vicinanze (Naples, 1845, 2e volume, p. 45-51)[224].
Après 1860, la distinction de naissance établie entre les élèves des deux collèges a été supprimée. Un statut organique commun aux deux maisons a été promulgué le 12 septembre 1861, puis modifié le 13 février 1868 et le 3 octobre 1875. La maison des Miracoli porte le nom de Collegio Principessa Maria Clotilde; celle de San Marcellino s'appelle Collegio Regina Maria Pia.
Pendant l'impression de ce volume, le hasard m'a fait connaître un opuscule qui prouve une fois de plus l'estime dont jouissaient nos collèges, et qui m'apprend en outre que Mme Prota, elle aussi, était notre compatriote. C'est une brochure intitulée: De la musique à Naples, surtout parmi les femmes. L'auteur en est la comtesse Cecilia De Luna Folliero, qui a composé également des poésies et un livre intitulé: Moyens de faire contribuer les femmes à la félicité publique et à leur bien-être individuel. Ce dernier ouvrage a été traduit en français, et le traducteur a réimprimé à la suite le susdit opuscule, qui avait été composé et publié une première fois à Paris en 1826. Mme De Luna Folliero reconnaît aux Napolitaines les plus heureuses dispositions pour la musique, mais se plaint que trop souvent à Naples les dames du monde, qui prétendent rivaliser pour les fredons avec les chanteuses d'opéra, ignorent le premier mot de la musique vocale et instrumentale. (Rappelons qu'un autre écrivain des Deux-Siciles, Ant. Scoppa, avait soutenu que les connaissances musicales étaient moins répandues dans sa patrie qu'à Paris.) Mais Mme De Luna Folliero termine en exprimant l'espoir que l'éducation des napolitaines sera par la suite moins négligée: «Déjà deux excellents établissements d'instruction publique ont donné à Naples des jeunes personnes remplies de vertus, d'esprit et de talents, dont l'heureux caractère empreint de cette aimable franchise, de cette piquante vivacité qui caractérisent les Napolitaines, leur fait soutenir sans crainte la comparaison avec les femmes les plus distinguées de l'Europe. En un mot, elles ont tout ce qu'il faut pour être des musiciennes parfaites, et font, par le double charme de leurs vertus et de leur talent distingué, les délices et la gloire d'un des plus beaux pays de la terre.» En note, elle désigne ces deux établissements, celui des Miracoli et celui de Mme Prota: «Qu'il soit permis à ma reconnaissance,» dit elle à propos de cette dernière, «de rendre ici un hommage public au noble caractère et aux rares qualités de cette dame aussi vertueuse que spirituelle. Née en France, elle a transporté à Naples avec elle ses vertus, ainsi que les talents qu'elle y avait acquis. Là, ses lumières l'ayant mise à même d'être à la tête d'une grande maison d'éducation, son exquise sensibilité a fait de cet établissement respectable le centre du bonheur pour les jeunes demoiselles qui y sont élevées, et qui trouvent en elle une mère tendre et éclairée. Cette digne Française, honneur de son sexe et de sa patrie, a voulu en mon absence me remplacer à Naples auprès de mes filles, qui, grâce à ses bontés, vont recevoir dans son institut une richesse qui n'est point sujette aux revers de la fortune, une excellente éducation.» Une des filles de Mme De Luna Folliero, Mme Aurelia Folliero, est en effet devenue un écrivain distingué, et s'est notamment occupée de l'éducation de la femme italienne, comme on peut voir dans un article de la Bibliografia femminile italiana (Venise, 1875), par M. Oscar Greco.